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Didier Delpech, entrepreneur engagé

Dernière mise à jour : 13 mai

Propos recueillis par Ken Joseph

Photos : Yvan Cimadure

 



Le mécénat d’entreprise par la voie de Fondations connaît en France un envol spectaculaire. Environnement, sport, insertion, humanitaire… Aucun secteur ne semble échapper à la bienveillance des entreprises. Mais l’un des secteurs les plus courus grâce à la puissance économique d’entreprises telles que Cartier, le groupe LVMH, Hermès ou encore Kronenbourg reste la culture. Leurs leitmotivs au-delà de l’apport en visibilité ? La transmission d’un patrimoine culturel pérenne. Et c’est sûrement dans cette optique que Didier Delpech, président du Groupe Bloknot Antilles-Guyane, a créé la Fondation Fore en 2013, faisant de son entreprise la première PME guadeloupéenne à avoir sa propre fondation.



Entrepreneur chevronné, Didier Delpech s’illustre désormais à l’image de ces chefs d’entreprise philanthropes qui ont la volonté de s’unir dans une démarche commune de promotion d’un territoire, d’un attachement à un patrimoine ou encore par l’enthousiasme d’une création… Donner n’est-il pas avant tout faire plaisir, en se faisant plaisir ? Rencontre d’un entrepreneur passionné et engagé.




Quel a été votre parcours avant la création du Centre de Formation Fore en 1986 ?


C’est avant tout celui d’un garçon curieux qui dès son adolescence avait envie de s’émanciper très vite. Après un baccalauréat technologique et une première année de faculté de sciences, j’ai voulu commencer à travailler sérieusement. Un petit coup de pouce du destin m’a permis de venir m’installer en Guadeloupe et de donner mes premiers cours d’électricité. Le monde de l’entreprise s’ouvrait à moi.

La création de la Fondation Fore s’est faite sur un constat. Il fallait faire plus et mieux, éviter le saupoudrage et se concentrer sur un objectif majeur : « favoriser l’émergence de talents caribéens, au travers de leur savoir-faire ou leur art en développant, avec eux, des projets originaux à caractère artistique, culturel ou patrimonial ».


Aujourd’hui, avec le recul, comment définiriez-vous votre aventure entrepreneuriale ?


En premier lieu, je pense qu’il faut avoir cela en soi, une forme de vocation ou peut-être d’éducation. Je m'en souviens comme si c’était hier, pendant la préparation de mon BAFA, dire à mes copains, alors que je n’avais que 17 ans : « J’aurai mon entreprise ! Je travaillerais à mon compte.» Ensuite, en découvrant le monde de la formation, j’ai compris que j’allais pouvoir concilier ce que j’aimais le plus, l’enseignement et le développement d’une entreprise. Comme on dit, j’avais trouvé ma voie. Trente-quatre ans sont passés et pourtant, je n’ai rien oublié. L’effervescence permanente, l’engagement de tous les instants, les sacrifices nombreux, les coups durs réguliers, mais ce qui reste, c’est toujours le positif. Les projets novateurs, les équipes avec qui je travaille et tous ces témoignages au quotidien qui nous prouvent l’utilité de notre engagement sur notre territoire. Aujourd’hui à la tête d’un petit groupe régional (Antilles-Guyane), j’ai le plaisir de travailler avec une équipe de 80 salariés, des partenaires de renoms et un grand nombre de formateurs consultants.





Implantée en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à Saint-Martin, comment avez-vous orchestré le développement de votre structure ?


Le développement d’une entreprise repose avant tout sur une vision partagée avec ses équipes, car au quotidien ce sont elles qui œuvrent pour l’atteinte de cet objectif commun. Nous avons mis au cœur de notre fonctionnement la qualité de service, le respect et une grande attention portée à l’ensemble de nos clients furent-ils stagiaires, entreprises ou financeurs. Mon rôle est de veiller à ce que ces valeurs soient toujours au centre de notre fonctionnement. Un autre point important, c’est toujours monter en compétences. Je suis moi-même un pur produit de la formation. J’ai compris très vite que si je voulais être performant, je devais en permanence me former. J’ai donc rapidement suivi une formation de formateur, puis des formations informatiques, mais pour le développement de mes entreprises, c’est celle en contrôle de gestion puis mon master en management stratégique (ICG) qui m’ont permis d’avoir une vision globale indispensable.



En 2013, vous créez la Fondation Fore, quel était votre souhait à travers cette Fondation ?


C’était avant tout le prolongement de nos actions antérieures. Fore a toujours soutenu des sportifs, des artistes ou bien des associations pour la réalisation de leur projet. La création de la Fondation Fore s’est faite sur un constat. Il fallait faire plus et mieux, éviter le saupoudrage et se concentrer sur un objectif majeur : « favoriser l’émergence de talents caribéens, au travers de leur savoir-faire ou leur art en développant, avec eux, des projets originaux à caractère artistique, culturel ou patrimonial ».



En effet, votre fondation ambitionne le rayonnement de la culture dans nos territoires. Est-ce dire qu’il y a un déficit dans ce domaine ? Quel regard portez-vous sur la culture dans notre région ?

Il y a beaucoup d’initiatives et nos territoires fourmillent de projets. Nous nous situons donc en amont pour favoriser l’émergence et la visibilité de ces talents.


La responsabilité sociale de l’entreprise s’acquiert au quotidien par le respect de tous les corps sociaux qui la constituent, par son engagement environnemental, par sa participation à la vie de la cité.

De façon concrète, comment s’articule votre action de mécène dans ce domaine ?


La Fondation Fore au travers de son comité exécutif, de 10 membres, lance des appels à projets. À réception des dossiers, nous validons dans un premier temps qu’ils sont en phase avec l’objet de la Fondation, puis faisons une sélection sur des critères préétablis (originalité, faisabilité, budget…). Notre apport financier à ces projets oscille entre 2 à 15 000 euros. Toutefois, ce n’est pas notre seul soutien, nous essayons d’être aux côtés d'artistes ou de porteurs de projets pour les aider sur des aspects administratifs ou logistiques.


Vos appels à projets, trouvent-ils véritablement un écho ?


Plus qu’espéré !!! En effet, nous recevons un grand nombre de dossiers, d’une très grande diversité, tant au moment des appels à projets que tout au long de l’année. Pour ne rien vous cacher, c’est même un peu frustrant de ne pas avoir suffisamment de fonds pour tous les soutenir.


Les choses changent, l’esprit et l’engagement des dirigeants également. Mais être entrepreneur ne signifie pas forcément être adepte d’un capitalisme débridé… Pour ma part, je prône pour un entrepreneuriat social.

N’avez-vous pas le sentiment de pallier les défaillances des acteurs publics ?


Non, simplement apporter notre pierre à l’édifice, rendre à ce territoire un peu de ce qu’il m’a donné.


Pour vous, la finalité du capitalisme serait-elle de voir les entreprises contribuer à l’intérêt général sous dictat de la solidarité afin de gagner en respectabilité sociale ?


La responsabilité sociale de l’entreprise s’acquiert au quotidien par le respect de tous les corps sociaux qui la constituent, par son engagement environnemental, par sa participation à la vie de la cité. La création d’une Fondation peut être une composante, mais ce n’est pas une fin en soi.


Pourtant, capitalisme et solidarité ne sont pas des mots qu’on associe facilement…


Les choses changent, l’esprit et l’engagement des dirigeants également. Mais être entrepreneur ne signifie pas forcément être adepte d’un capitalisme débridé. Pour ma part, je prône pour un entrepreneuriat social.



Il y a aujourd’hui plusieurs philosophies du mécénat. Peut-on comparer votre action à celle de Bernard Arnault avec sa Fondation Louis Vuitton ou encore celle de Bernard Hayot ?


Vous êtes taquin, j’aimerais avoir les mêmes moyens, car le travail est immense et très sincèrement j’admire ce qu’ils font dans ce domaine. Mais nous devons tout faire avec nos propres moyens, les nôtres sont limités, mais suffisants pour soutenir des projets régionaux et créer une réelle proximité avec les artistes.




Que répondez-vous aux détracteurs du mécénat, pour qui les entreprises s’achètent un supplément d’âme à bon compte afin de revaloriser leur image ?

Cela m’intéresse peu… Ce sont souvent les mêmes qui ne font rien !!! J’ai œuvré pendant 25 ans sans Fondation, mais avec le même engagement, je les invite donc à s’investir autant !



Quel est l’intérêt, aujourd’hui, pour un chef d’entreprise de recourir au mécénat ?


Ce ne doit pas être une recherche d’intérêt direct, mais une conviction profonde, celle que l’entreprise a son rôle à jouer au-delà de sa propre activité, en contribuant d’une façon ou d’une autre à la réussite de projets non lucratifs.


Cela va vous surprendre, mais pour moi il n’y a pas de définitions de la réussite et encore moins de modèles, c’est une notion très personnelle, mais surtout très subjective.

La fiscalité avantageuse octroyée par la loi Aillagon pour le mécénat a-t-elle motivé votre choix ?


Il est vrai que tout don fait à une Fondation ouvre droit à une déduction fiscale. Pour faire simple, pour un particulier 66 % du montant de son don est déduit de son impôt sur le revenu, et pour les entreprises, c’est 60 % du montant du don qui vient en réduction de l’impôt sur les bénéfices. Bien évidemment, c’est plafonné. En ce qui nous concerne, notre motivation était ailleurs, mais cet avantage fiscal nous a permis d’accroître sensiblement la dotation à la Fondation.



Comment finance-t-on une Fondation d’Entreprise ?


Avant de savoir comment la financer, il faut faire un choix pour son montage. Pour notre part, nous nous sommes adossés à la Fondation de France qui a une réelle expertise et qui accompagne plus de huit cents Fondations. Les démarches ont donc été simplifiées. Concernant le financement de la Fondation Fore, c’est assez simple puisque Fore est le principal donateur, complété par quelques dons privés de personnes qui comprennent notre démarche.




En 2019, vous ouvrez un espace de travail partagé à Basse-Terre, est-ce une continuité dans votre engagement ? Quelle est la particularité de cet espace ?


C’est en effet une continuité, car cet espace collaboratif concilie le monde de l’entrepreneuriat, la culture et le social. Il sera confié à l’association Annou Soti qui depuis de nombreuses années réalise en Basse-Terre des projets novateurs avec des personnes en grandes difficultés. Le Fort Coworking Social Hub.



Pour finir, quelle serait votre définition de la réussite ?


Cela va vous surprendre, mais pour moi il n’y a pas de définitions de la réussite et encore moins de modèles, c’est une notion très personnelle, mais surtout très subjective.

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