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Alicia et Yannick, "An Sav Fé Sa"

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». C’est sûrement avec cette philosophie, propre à l’écrivain Mark Twain, qu’Alicia Hadjard et Yannick Jotham se sont lancé dans cette folle aventure entrepreneuriale. Une aventure qui non sans écueil qui a mis au jour une application innovante, tant par le concept et la recherche d’investissement. Elle s’appelle Carter. Son principe ? Leur vision du monde entrepreneuriale ? Leurs attentes ? Le numérique ? Ils en parlent… Rencontre avec ces nouveaux gourous du numérique made in Guadeloupe.

 

Beaucoup de jeunes entrepreneurs du numérique affirment qu’en France, tout devient difficile après les premières années. La France sait incuber, mais pas aider à grandir. Que pensez-vous de cela ? Et que dire de la Guadeloupe ? Alicia. Je pense que même ici, il faut savoir ce que l’on entend par incuber, par aider à grandir... Ce que j’ai pu remarquer avant de me lancer dans l’entrepreneuriat, c’est que tu les entends tous te dire « monte une entreprise, nous allons t’accompagner et t’aider », or la réalité est bien différente et c’est lorsque tu as déjà tout fait par toi-même - le bon comme le mauvais, mais surtout le bon - que l’on vient, enfin t’apporter une aide. C’est assez ironique, mais c’est le système. En Guadeloupe, certains l’ont compris depuis bien longtemps et n’attendent plus rien, de ce prétendu accompagnement, et le font par eux-mêmes. On voit d’ailleurs se créer des réseaux d’entrepreneurs, des ateliers sauvages, et autres pour s’accompagner et s’aider mutuellement à grandir. Bien sûr, nous ne vivons pas dans le monde des bisounours, mais nous avons tous un point commun, c’est cette envie de créer, d’innover, de développer et comme on dit, « seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ».

     Votre application « Carter » semble être une révolution dans le monde de l’entrepreneuriat et du numérique en Guadeloupe. Comment vous est venue cette idée ? Yannick. Carter, c’est le premier produit de la start-up An Sav Fè Sa et cela remonte donc à 2014 ! Tout a commencé à Londres là où les premières idées fondatrices de la société sont nées. Tout est venu d’une volonté de créer un lien entre les compétences de notre île et la demande qui lui correspond. Au départ, An Sav Fè Sa devait être une énorme plateforme rassemblant toutes les compétences, mais nous avons choisi d’évoluer étape par étape et de mettre en place notre produit phare répondant à un problème crucial aux Antilles : le transport. Ce qui donna naissance à Carter en juin 2016. La première personne à rejoindre l’équipe a été Alicia, mon associée, mais aussi mon amie de tous les jours. Nous nous sommes rencontrés sur les bancs de la Fac lors de nos études à Paris en 2012.

      Dans un département vieillissant où une personne sur trois se dit « mal à l’aise » avec les nouvelles technologies et que 22 % des foyers ne sont pas connectés, comment démontrer la viabilité de votre application ? Alicia. Chaque fois qu’une révolution s’est faite, la population ne se pensait pas prête. Et pourtant par la force des choses, ou simplement, cela est devenue une évidence ou une nécessité. Il en va de même pour l’ère du numérique. Nous sommes en pleine évolution de la société, et le numérique, c’est l’avenir. Les avancées en la matière ont pour objectif d’améliorer et de faciliter notre quotidien; et qui en a le plus besoin ? Qui a besoin que l’on facilite son quotidien ? Cette population vieillissante. C’est la mamie qui ne souhaite pas déranger son fils pour l’emmener faire ses courses, par exemple. Aussi, nous avons déjà pu rencontrer quelques représentants de différents CCAS (Centre communal d'action sociale) afin de mettre en place avec eux des dispositifs permettant l’utilisation de Carter pour tous. Et n’oublions pas une chose, le transport est un besoin criant en Guadeloupe et Carter y répond et apporte une solution à ce besoin. 

     D’autre part, Carter semble répondre à une problématique relevant de compétence politique, lié aux transports. Peut-on dire que l’entreprise a plus de chances de réussir là où la politique semble avoir échoué ? Yannick. La volonté d’être un acteur du développement aux Antilles et de fournir la réponse à des problèmes récurrents à nos îles est une action inscrite dans l’A.D.N d’An Sav Fè Sa. Chaque acteur de l’économie a un rôle à jouer. Le nôtre est d’apporter des solutions innovantes à des problématiques telles que l’emploi. Car nous sommes convaincus que c’est avec de l’innovation et de l’audace dont se caractérisent les start-ups de nos îles que nous serons capables d’apporter une différence chez nous. Nous avons la chance d’avoir aux Antilles des entrepreneurs engagés qui au-delà de la création de richesses tendent vers une cause plus profonde. Cet engagement, accompagné et soutenu par une volonté politique, pourrait être le facteur d’une évolution bénéfique pour tous en Guadeloupe et en Martinique.

     En avril dernier, vous lanciez une campagne de financement participatif où vous récoltez la somme de 14.467 euros. Était-ce une façon pour vous de passer outre les filets des banques jugées trop frileuses vis-à-vis des porteurs de projet ?

Alicia. En effet, c’est connu, les banques ne prêtent pas facilement aux start-ups et pour avoir essuyé des refus, nous ne pouvons que confirmer cela. Mais nous avions besoin de fonds et après avoir puisé dans nos ressources personnelles, c’était le dernier recours. Et puis, il faut savoir que réussir un crowdfunding, c’est valider son marché, mais c’est aussi se garantir de l’obtention d’un prêt puisque là, les banques vous font un peu plus confiance, car vous avez un marché viable et du capital.

‘‘En nommant notre société ainsi nous crions haut et fort que nous avons des richesses inexploitées au pays, des hommes et des femmes compétents ayant tous le potentiel nécessaire pour que le monde ait les yeux rivés vers nous les Antillais.’’

Vous avez également reçu un Prêt Croissance tpe cofinancé par la Région Guadeloupe et Bpifrance… Yannick. En effet, mais tout cela est lié. Car le succès de notre campagne de crowdfunding a attiré l’attention de la Région et confirmé le soutien de la BPI. Lors du lancement de la campagne de crowdfunding, en mars dernier, nous ne nous imaginions pas inaugurer le Prêt Croissance TPE en juin, c’est aller très vite. Mais nous sommes très heureux d’avoir pris le risque, car il nous a apportés beaucoup plus que ce que nous attendions.

     Au final, il serait donc inutile de vous demander si les entreprises sont suffisamment aidées en Guadeloupe ? Ou pensez-vous être une exception ? 

Alicia. Nous ne sommes pas une exception, nous avons beaucoup travaillé afin d’obtenir tout cela. Rien n’a été facile, nous avons essuyé des échecs et aussi eu de belles victoires qui nous ont offert toutes ces opportunités.

     Votre start-up s’appelle « An Sa Fé Sa »… Quelle idéologie se cache derrière ce nom ? Yannick. An Sav Fè Sa est l’ambassadeur de tous ceux ayant conscience de leurs compétences et convaincus qu’ils peuvent faire la différence avec leur capacité. En nommant notre société ainsi, nous crions haut et fort que nous avons des richesses inexploitées, des hommes et des femmes compétents ayant tous le potentiel nécessaire pour que le monde ait les yeux rivés vers nous.

     Dans votre business model vous formulez l’ambition de vouloir révolutionner le secteur des services dans la caraïbe par l’ubérisation… Alicia. Je dirais mieux encore, nous avons l’ambition de révolutionner le secteur des services par la « Carterisation des compétences », c’est-à-dire valoriser les compétences locales en leur permettant de répondre à des besoins locaux par le biais notamment d’applications mobiles.

     La Caraïbe comme la Guadeloupe sont-elles prêtes à affronter cette nouvelle forme d’économie ? Yannick. Nous sommes prêts. Pas à affronter une nouvelle économie, mais à se l’approprier afin de répondre aux enjeux socio-économiques auxquels nous n’avions pas pu répondre auparavant. Le défi avec Carter est d’exploiter un modèle économique déjà existant en l’adaptant aux problèmes auxquels nous voulons répondre et au contexte de notre pays. 

     Alicia, l’uberisation de l’économie signifie-t-elle que les consommateurs ont repris le pouvoir ? C’est en tout cas le but recherché : de la transparence et du choix.

Quelle est la place du rêve dans la réussite ? Yannick. Le rêve pose les fondations de notre réussite, car la finalité de la réussite est la concrétisation de son rêve. Le but étant de visualiser son rêve de la manière la plus précise qu’il soit afin de le rendre réel. Alicia. Selon moi le rêve arrive en premier lieu, il est le moteur, il est celui qui te permet de visualiser ta réussite. 

     On demande souvent aux femmes ce que cela fait d’être mère et chef d’entreprise. Alors Yannick cela fait quoi d’être un jeune père entrepreneur ?

Il y a quelques mois encore, cela aurait été difficile à dire, car tellement de choses sont arrivées en 2017 ! Mon retour en Guadeloupe, quitter le salariat, le lancement de Carter et le plus important la naissance de ma fille quasiment la même semaine que le lancement de Carter. Cela n’a pas été facile d’assumer autant de choses aussi vite, mais tout est une question d’adaptation. Le but étant de ne jamais oublier l’essentiel, qui est la famille. Aujourd’hui ce n’est pas tous les jours facile, mais je ne changerai pour rien au monde. J’aime la vie que je mène, pleine de rebondissement, une aventure magnifique.

     Vous venez tous deux du secteur des ressources humaines. Quel conseil pourriez-vous donner à un chef d’entreprise qui s’apprête à effectuer son premier recrutement ? Yannick. De faire appel à mes services de chasseur de têtes, haha ! Le besoin de recrutement marque un tournant essentiel dans les entreprises, c’est le moment où l’entreprise devient une vraie structure et il ne faut surtout pas se louper. Il faut être sur des compétences recherchées, mais ne jamais négliger les valeurs du collaborateur et tout faire pour qu’il se sente impliqué.

Alicia. La meilleure façon de voir si quelqu’un est bon, c’est de le laisser pleinement exprimer son talent, donc de l’observer dans sa manière de travailler, cela vaut mieux que n’importe quel discours.

     Comment sont définis vos rôles au sein d’An Sa Fé Sa ? Yannick. Bien que l’on ait chacun nos rôles de prédilection, nous sommes tous un peu multi-casquette. Je me charge essentiellement de la partie opérationnelle et technique, c’est-à-dire le recrutement et le management des chauffeurs, la gestion des clients et la résolution des incidents sur l’application. Je gère également le développement commercial en BtoB et celui des partenaires.

Alicia. Je suis en back-office, je m’occupe de la partie administrative, juridique et financière et je gère en collaboration avec Mathieu Party, le troisième associé, la communication et le marketing.

     Quel a été le plus difficile pour vous dans votre parcours ? Yannick. Depuis 2014 nous avons rencontré beaucoup d’embûche. Après, je ne pense pas que nous en ayons rencontré plus qu’un autre entrepreneur. La difficulté qui m’a le plus marqué est peut-être lors de notre recherche de financement, le refus de notre prêt. Ce qui m’a marqué, ce n’est pas tant l’échec mais plutôt la mobilisation et la galvanisation de toute l’équipe pour passer à travers ce problème.

Alicia. Je ne sais pas réellement, car je me trouve quand même très chanceuse bien qu’il ait fallu faire de gros sacrifices.

 

 

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