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The new deal, le financement par la foule

 

Avez-vous déjà eu une idée géniale, en vous disant : « Si, j’avais un coup de pouce financier, je le ferais » ? Moi, oui. J’ai eu, un temps, envie de créer un restaurant gastronomique sur les côtes de Malendure, puis un show-room dans le prêt-à-porter, et depuis peu ma propre marque d’agro-transformation… Bref, les idées ne me manquent pas. Bien sûr, il y a toujours l’option de solliciter des investisseurs potentiels. Mais il me faudrait toutefois les convaincre de la profitabilité du projet. Trouver un mécène ? C’est comme les investisseurs, ils ne courent pas les rues – et encore moins celle de la Guadeloupe. Jouer mes économies au casino ? Il est dur de se battre contre la loi de la probabilité. Demander à mes parents ? Non, ils me diront de passer un de ces concours de la Fonction Publique… Ce fameux saint-graal, pour toute famille antillaise, que je me refuse à conforter. Une forme de crachat, pour mes parents, sur un héritage, d’il y a longtemps. Et puis, je ne suis pas fait pour cela : me cloisonner dans un bureau, avec une déco psychiatrique, à m’incomber de tâches répétitives. Le but étant de se donner l’air de grands nègres, fier d’appartenir à une caste de fonctionnaire sans véritable fonction. Non, je ne serais pas fonctionnaire. Moi, je veux entreprendre, créer, innover, rêver, me réaliser… Oui, mais sans sous, ce n’est pas gagné. Et puis, je suis tous les mois à découvert, donc hors de question de penser à un prêt bancaire pour le moment.  En réalité, l’idée serait plutôt que de trouver un partenaire avec beaucoup de moyens, il me faudrait trouver un grand nombre de partenaires avec des moyens limités, mais non moins réels. Une option, non-négligeable, qui pourrait donner vie à mon projet. Place au financement 2.0, the new deal.

 

 

De la tontine au numérique. Plus connue aux Antilles sous le nom de loterie, la tontine est un système de financement dit solidaire, qui consiste à se prêter de l’argent sans passer par la case banque. Elle permet, en effet, aux personnes à revenu limité d’investir, d’acheter une voiture, un ordinateur, de renflouer son compte…Tout cela sans intérêt ni frais bancaire. Des avantages décisifs pour les petites bourses ! La mécanique fondamentale de la tontine est simple et redoutablement efficace. Les membres d’une communauté constituent une cagnotte avec les moyens financiers dont ils disposent et la confie à un tontinier ou à une tontinière qui joue le rôle de tiers de confiance. Il n’y a pas de contrat, pas d’écrit, juste un engagement moral. Chaque contributeur pourra ensuite recevoir à tour de rôle – et/ou par tirage au sort – tout ou une partie de l’argent collecté. Cette pratique des plus informelles, voire archaïque, est très populaire en Afrique et en Chine, elle fait office de système d’épargne et de crédit, mais aussi de protection sociale, de lieu d’échanges culturel, de réseau d’influence. En France, elle existe depuis 1652. Et si se prêter de l’argent reste un acte légal, au-delà de 760 €, il vous faudra faire une déclaration au fisc, et cela, même s'il n'est pas formalisé par écrit, qu'il soit consenti avec ou sans intérêt. Sinon, le fisc pourra requalifier le prêt en donation déguisée. Selon l’État, les prêts en famille et entre amis, en France, atteindraient les 2 milliards d’euros par an. Bien loin des banques et de leurs taux d’intérêt souvent exorbitants, loin des investisseurs et des parts de capital dans l’entreprise, la tontine - cette pratique ancestrale - permet aux porteurs de projets de faire face aux problèmes liés à la recherche de financement. Et grâce à ce système, des Auvergnats et des Aveyronnais ont conquis les cafés parisiens, les Africains développés des commerces exotiques, des salons de beauté, des restaurants…Mais les experts tontiniers sont incontestablement les Asiatiques, qui du fait de ce principe ont créé de véritables commerces et on envahit des quartiers tels que Belleville et Aubervilliers, en y achetant souvent des immeubles. Cette forme d'entraide, culturellement ancrée dans les pratiques communautaires, constitue de fait un mode de financement participatif. Et à la vue de ce business florissant, certains ont flairé la bonne affaire, car depuis quelques années de nombreux site dits de « crowdfunding » (littéralement, "financement par la foule") ont vu le jour. Bienvenue à l’ère du tout numérique ! 

 

« Le crowdfunding, c’est en effet bien plus qu’une affaire d’argent. Il installe le (futur) client au cœur d’un « marketing a priori », fondé sur une coconstruction du produit ou du service, le fameux « test and learn », cher aux start-up. »

 

Véritable révolution du web 2.0, le crowdfunding permet de créer une véritable relation interactionniste dans la sphère entrepreneuriale. Cette pratique, qui fait ses premiers pas en 2003 dans le domaine de la musique, avec le site artistshare.com, qui permets aux internautes de financer la création d’un album sans avoir recours aux labels, déclenche un mécanisme de financement révolutionnaire. Le site indiegogo.com, à sa création en 2008, étend encore plus cette pratique innovante aux domaines du cinéma, de la mode, et à bien d’autres catégories. Mais c’est sous l’impulsion de kickstarter.com que le crowdfunding deviendra un moyen alternatif à l’investissement traditionnel dominé par les banques. Avec des effets plutôt surprenants. Par exemple, le projet de l’entreprise Pebble Technology, une montre offrant les mêmes capacités qu’un smartphone, réunira un financement supérieur de 10.000 % par rapport à son but initial : son budget atteindra ainsi la somme inespérée de 10.266.845 dollars. Ses sites web sont des plateformes de financement participatif, ou encore de sociofinancement, qui permettent de mettre en contact des porteurs de projets et des internautes désireux de les financer. On y dépose son projet au travers d’un titre accrocheur, d’une courte description et bien souvent d’une vidéo attractive. Les internautes sont alors invités à se transformer en backers : selon le niveau financier versé par l’internaute, ils se voient attribuer des cadeaux d’estime ou le produit fini ou même un package VIP (série limitée, rencontre avec les créateurs). Ainsi, si le projet le séduit, l’internaute peut faire soit un don, prendre part au capital ou encore accorder un prêt. Dans le cadre d’un investissement dans le capital de sociétés : l’internaute souscrit des titres (actions ou obligations) émis par une société non cotée (TPE, PME…). En contrepartie de sa prise de participation, il perçoit des dividendes ou des coupons et la plus-value éventuelle réalisée lors de la revente de ses titres. Il peut alors bénéficier des avantages fiscaux réservé aux investissements en direct dans les sociétés non cotées. Les plateformes d’investissement (ou crowdequity) doivent avoir le statut soit de conseiller en investissement participatif (CIP) soit de prestataire de service d’investissement (PSI). Les CIP sont immatriculés au registre l’Orias et les PSI au registre Regafi. D’autre part, en cas de prêt, à titre gratuit ou rémunéré où l’internaute prête de l’argent à un porteur de projet (un particulier ou une entreprise) qui a présenté son projet sur la plateforme de financement participatif. La plateforme doit avoir le statut d’intermédiaire en financement participatif et être immatriculée au registre l’Orias. Le contributeur peut prêter jusqu’à 2.000 € par projet pour un prêt avec intérêts. Le taux du prêt est soumis au seuil de l’usure, comme pour tout crédit. Si le prêt est sans intérêt, le montant plafond est porté à 5.000 € par projet. Le particulier peut participer au financement d’autant de projets qu’il le souhaite, aucun plafond global n’est fixé. De l’autre côté, le porteur de projet ne peut pas emprunter plus d’un million d’euros par projet. Et lorsque le porteur de projet est un particulier, qui n’agit pas pour des besoins professionnels ou ni pour financer une formation, seuls des prêts sans intérêts peuvent lui être consentis. Le crowdfunding, en permettant l’accès à des fonds, agit comme un outil désinhibiteur de création d’entreprise. Ce mode de levée de fonds se présente comme l’alternative aux financements par les banques ou les subventions de l’État, perçus comme élitistes et réservés aux projets de grande envergure. « Le financement participatif a fait apparaître une nouvelle génération d’entrepreneurs particulièrement précaires, dont les revenus n’atteignent pas le Smic », observe Jérémy Vachet, chercheur associé de l’Agence national de recherche.

 

 

 

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