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Grégory Baugé, au-delà des échecs…

 

 

Vous souvenez-vous de votre premier échec ? De la première fois où vous avez été envahi par ce sentiment trouble, mélange de rage, de découragement, de honte et de fatalité ? Nous subissons tous l’échec à un moment donné ; vie privée, vie professionnelle, relation, défi… Des bancs de l’école à l’entreprise, nous essuyons des déconvenues tantôt superficielles, tantôt tragiques. Malheureusement, personne ne choisit. Nous sommes condamnés à y faire face. Parfois seuls, parfois accompagnés. «Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre de son enthousiasme», affirmait Winston Churchill. En la matière, l’entrepreneuriat ne fait pas figure d’exception. Bien au contraire, l’erreur est souvent un préalable à la réussite d’un projet. Faillite, flop commercial, effet de crise… Qu’importent les causes des revers de fortune, ceux qui ont su rebondir l’affirment haut et fort : l’échec est le moyen idéal d’apprendre à devenir meilleur. N’avez-vous jamais entendu une ou des histoires d’hommes ou de femmes politiques qui se sont pris une veste lors d’une élection ? N’ont-ils jamais réitéré une nouvelle candidature ? Certains me répondront : « C’est que la part est belle ». Certainement. Et que dire de ces sportifs de haut niveau qui arrivent sans cesse au pied du podium ou encore à la deuxième place? Mais combien d’échecs ont-ils accusé pour atteindre parfois leur objectif ? J’aime penser qu’ils ont des peurs, des craintes et pourtant, ils y vont parce qu’ils ont quelques convictions, un enthousiasme intact. Soit. Pour garder son enthousiasme, encore, faut-il accepter ses échecs, les assumer et les dédramatiser. Et pour dédramatiser, il faut en parler sans aucune honte. En positivant, en allant de l’avant. C’est souvent là que le bât blesse. Dans le sport peut-être encore plus qu’ailleurs, l’échec est chose taboue. Parler de l’échec en tant que concept passe encore, mais parler d’échec personnel, alors là, certainement pas. Pourtant, le sport et l'échec sont deux notions indissociables. Un domaine dans lequel l'échec est puissant, même intense. Perdre un match à l'issue capitale, rater un rendez-vous, un moment, une opportunité qui se présente rarement, laisser échapper sur le fil la gloire d'une carrière ou d'une vie... L'échec sportif peut être dramatique et dévastateur. Mais fort heureusement, il est rarement définitif ! Au sport plus qu'ailleurs, un échec porte en lui un potentiel de transformation, d'amélioration. Il a vocation à devenir - une, deux, ou trois années plus tard - un succès. 

 

 

 

 

Exigeant discipline, endurance et performance le parallèle entre l’entrepreneur et le sportif de haut niveau n’est plus à faire. Ce parallèle est d’autant plus étonnant, que les qualités personnelles développées par les sportifs de haut niveau sont les mêmes que celles qui sont nécessaires pour devenir entrepreneur : persévérance, esprit de compétition, aptitude à continuer et à mener une équipe. Les sportifs de haut niveau, comme les entrepreneurs, sont également formés à établir des objectifs ambitieux, élaborer un plan à long terme et mettre tout en œuvre pour atteindre ses objectifs. Et pour l’un comme pour l’autre, l’échec n’est pas pensable, ils se relèvent toujours de leurs défaites même après de vrais coups durs. Grégory Baugé en sait quelque chose. La première fois que je l’ai rencontré, c’était pour la couverture du magazine FOCUS FWI, en novembre 2016. Je me souviens d’une poignée de main très ferme, puissante et énergique. Celle d’un champion. En effet, à 32 ans « le Tigre », comme il se surnomme, fait partie des pistards les plus titrés de sa génération. D’ailleurs en 2009, il devient le deuxième coureur noir, après l’américain Major Taylor – surnommé le « Nègre volant » – en 1989 à devenir champion du monde de vitesse. Une ascension fulgurante, qu’il explique par l’abnégation: « (…)à partir du moment où j’ai eu ma première victoire, j’ai voulu goûter encore et encore au succès. Je n’ai rien lâché. Je pense aussi que sans talent, ça n’aurait pas été facile ». Son esprit de compétition, Grégory Baugé assure l'avoir acquis grâce à son père à qui il voue une grande admiration. Un passionné de vélo auquel il doit « 85 % de (sa) réussite ». Et s’il sait très bien parler de ses réussites. Il sait également parler de ses échecs.

 

 

 

 

Puisqu’il s’agit de parler vrai, quel est l’échec le plus cuisant de votre carrière ? Sans hésitation, je dirai les championnats du monde sur piste de BORDEAUX en 2006. J’étais, à cette époque, leader du classement général de la coupe du Monde, donc potentiellement le futur champion du monde de vitesse à l’épreuve reine. Et alors que la veille, je remportais mon premier titre de champion du monde en vitesse par équipes, chez les élites, le jour de l’épreuve du sprint, je me suis fait éliminer dès le premier tour. À ce moment, j’ai ressenti un sentiment de honte. J’avais, en effet très honte de moi !

     Aujourd’hui avec du recul, comment analysez-vous cet échec ? Je pense que cet échec est le résultat de deux facteurs : le manque de confiance et la gestion de la pression. Aujourd’hui, je peux dire qu’analyser et comprendre ces échecs, contribue à bâtir ses futures réussites.

     Concernant les Jeux Olympiques de Rio, lors d’une interview accordée au magazine le Figaro suite aux Étoiles du Sport, vous évoquiez ces derniers, même en ayant remporté le bronze en équipe, comme un échec très douloureux, voire personnel, en employant les mots gâchis, frustration ou encore difficile. Depuis, vous êtes-vous remis de ces jeux ? Oui, je m’en suis remis (rire). Mais je reconnais, tout de même, que cela fut un moment très difficile au vu de l’investissement personnel fourni. Et d’autant plus que là encore, je passais à côté de mon objectif de carrière pour la troisième fois (l’or NDLR). Mais je relativise car sur mes trois Jeux Olympiques (2008, 2012 et 2016 NDLR), je suis toujours revenu avec une médaille, contrairement à beaucoup de sportifs. 

     En employant les mots gâchis, frustration et difficile, à quoi faisiez-vous référence ? Je faisais référence à mon potentiel, ma carrière, mon investissement et mon objectif. Je me sentais prêt, mais il faut croire qu’il me manquait sans doute quelque chose. J’aurai sans doute dû me concentrer davantage sur ma personne et prendre du plaisir…

     En tant que sportif, n’avez-vous pas le sentiment de, trop souvent, vous percevoir qu’à travers vos performances, vos résultats et pas assez en tant qu’être humain avec ses défauts et ses qualités qui vous définissent ? Non pas vraiment, mais certainement avec du recul.

     Parfois, on a la vision de l’entrepreneur seul, qui a monté son entreprise sans personne. Ou encore l’image de l’athlète, seul, se concentrant juste avant une compétition. Or, l’un comme l’autre ne sont pas seuls, au contraire, ils sont bien entourés : une équipe, un coach, un mentor ou encore un partenaire. D’autre part, à la suite de votre élimination en quart de finale de vitesse individuelle, vous avez remis en cause les conditions de préparations établies par votre Fédération. Pour réussir, est-il primordial de bien s’entourer ? Indéniablement, oui. C’est très important, voire primordial, si l’on veut se donner le plus de chance pour réussir.

     Au-delà d’être compétent, ceux qui nous entourent doivent-ils partager les mêmes valeurs que nous ? Pas forcément. À mon sens, je dirais la compétence plus que les valeurs. 

 

 

 

 

  En tant que sportif de haut niveau, lors de vos préparations, êtes-vous préparé mentalement à subir l’échec ? Non, car je n’y pense pas.

     Existe-t-il un moyen selon vous d’anticiper ces failles et de se prémunir contre l’échec ? Oui. Dans un premier temps, il est important de définir l’objectif, ensuite de le programmer et repérer les étapes clés qui permettront de l’atteindre, donc de réussir 

     En vérité, peut-on se permettre d’échouer après avoir gagné ? Non, on ne se le permet pas. Mais il faut un vainqueur donc un perdant, tel est le sport.

     Les réussites sont-elles plus dangereuses que les échecs ? À mon avis, il est préférable d’avoir plus de réussites que d’échecs, mais l’échec est bon si l’on en tire du positif.

     Vos différents échecs, vous ont-ils poussé à un moment donné à envisager de mettre fin à votre carrière ? Qu’est-ce qui vous permet de rester encore motiver ? Cela m’a traversé l’esprit. Mais j’ai confiance en moi et en mes qualités. 

     Aujourd’hui, une participation aux jeux de Tokyo en 2020 est-elle d’actualité ? Ce n’est pas d’actualité, mais c’est en effet mon objectif.

     Votre ambition est-elle toujours intacte ? L’or plus que tout ?  Oui, intacte. Et cela ne changera pas, tout comme : il n’y a que la victoire qui compte.

     Comment, expliquez-vous que la vision de l’échec soit si différente et positive aux États-Unis qu’en France ? C’est une question de mentalité qui vient de l’histoire de notre pays. L’important, c’est de participer, dit-on… (rire). 

     À ce stade de votre carrière, et au-delà vos échecs, qu’elle serait votre définition de la réussite ? La réussite équivaut à gagner, mais cela dépend de nombreux paramètres…

 

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