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Le coworking, bureaux 2.0

 

 

Qu’on l’adore, qu’on l’abhorre ou qu’elle nous laisse indifférent, Apple s’est hissé au firmament des marques les plus connues et des plus puissantes au monde. Et vaut aujourd’hui plus ou moins 800 milliards de dollars américains. Or, l’empire de la pomme croquée a connu des débuts on ne peut plus modestes. C’est dans un garage de Los Altos, en Californie, que l’aventure a démarrée pour Steve Jobs, Woz et Ronald Wayne. C’était en 1976. Et quarante et un an plus tard, en 2017, c’est sans doute dans un espace de coworking que cette success story aurait pu débuter. 

 

‘‘ les espaces de coworking sont devenus les  hubs  d’une innovation en mouvement, un concentré de talents qui inventent aujourd’hui les usages de demain. ‘'

 

Haut lieu d’échanges, de collaboration et d’innovation, ces espaces de travail collaboratif, troisième lieu entre le travail à domicile et le travail en entreprise, ont connu depuis quelques années un essor spectaculaire. Eh oui ! Tout le monde en a parlé, tout le monde a observé cette tendance tout en se demandant s’il ne s’agissait pas d’un simple effet de mode. Et aujourd’hui, on peut le dire, le coworking a dépassé ce statut pour s’inscrire comme un véritable secteur. La dernière étude sur le sujet, The Global Coworking Survey, publiée par Deskmag fin 2016, précise en effet qu’entre octobre 2011 et octobre 2016, quelques 10.000 espaces de travail partagés ont été ouverts dans le monde. Et prévoit un total de 13.800 espaces occupés par 1.180.000 de coworkers fin 2017. Les chiffres du coworking en France proviennent d’une étude réalisée par la société Bureau à Partager, en collaboration avec La Fonderie. Ainsi, en 2016, le nombre d’espaces de coworking est passé de 250 à 360 ; et serait estimé à 460 en 2017. Cette nouvelle organisation du travail, qui consiste à réunir des travailleurs indépendants et télétravailleurs dans des espaces partagés, s’est installée dans nos esprits et dans nos bureaux.  Ils ont ringardisé les centres d’affaires, les baux trop rigides, résiliables tous les trois ans et les coûteux dépôts de garantie. On ne commercialise plus de mètre carré, mais un espace de vie et de rencontre. Ces grands lofts commerciaux dotés de canapés design, d’accès à l’Internet haute vitesse, de salles de réunion, d’espace de détente aux ambiances variées, du zen au ludique, avec flipper ou baby-foot se sont multipliés mois après mois, atteignant une région après l’autre. Et pour une fois la Guadeloupe comme la Martinique n’y échappent pas. Car, on a beau avoir été nourri au Web 2.0, c’est le bon vieil Aristote qui aura le dernier mot : l’homme est un animal social. En effet, plus le monde se virtualise, plus les gens ressentent le besoin de se retrouver, en vrai. Et après la colocation d’habitation place à la colocation professionnelle : le coworking.

 

 

La première fois que j’ai mis les pieds dans un espace de coworking, c’était à TheBureau. En plein cœur du triangle d’or, quartier central des affaires parisien, 28 Cours Albert 1er dans le VIIIe arrondissement. Un lieu, somme toute, atypique de 2.700 m2 réparti sur quatre étages, ouvert 24h sur 24. Design, haut de gamme et chaleureux. L’ambiance y était sérieuse, plutôt bonne enfant. J’y ai rencontré des jeunes – et des moins jeunes – évoluant principalement dans le domaine des nouvelles technologies, des demandeurs d’emploi qui essayent de monter un projet, des ex-salariés lourdés des entreprises, des traducteurs, pigistes, des communicants, des spécialistes du marketing. Et même des comptables ! Curieuse chronique, je me suis sentie interpellée par le mot. Et en faisant quelques recherches, je suis vite tombée amoureuse de la philosophie qui s’y cachait. Et bien avant qu’il ne soit théorisé, le coworking existait déjà sous des formes plus archaïques. En effet, au début du XXe siècle, le Bateau-lavoir de Montmartre et La Ruche de Montparnasse proposaient déjà des cadres chaleureux où les peintres en herbe pouvaient se retrouver pour travailler seuls ou en collaboration. À l’époque, les principales raisons d’être de ces ateliers qui ont vu défiler Gauguin, Picasso ou encore Chagall étaient de développer toute créativité dans un lieu inspirant, entretenir son réseau et faire des économies en partageant les coûts… Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Mais le terme, en lui-même, fut initié par l’écrivain et game designer Bernie De Koven, en 1999, non pas pour décrire un lieu, mais une méthode pour « travailler ensemble d’égal à égal ». En revanche, le premier centre de coworking comme on l’entend aujourd’hui, c’est-à-dire un espace de travail partagé date de 1995 avec le C-BASE, un «hackerspace » fondé à Berlin par une bande de geeks désireux de partager leurs connaissances sur les logiciels libres, le hardware, le software, etc. Pour bien clarifier le terme, les « hackerspaces » ne sont en aucun cas des espaces où travaillent des «hackers », autrement dit des pirates informatiques comme on pourrait l’imaginer, mais bel et bien de tiers-lieux où des personnes ayant un intérêt commun (certes, souvent autour de l’informatique) peuvent se rencontrer et collaborer, partager ressources et savoir. Mais comme beaucoup d’idées révolutionnaires, c’est dans la Silicone Valley que le coworking prend véritablement de l’ampleur. En 2005, le premier espace de coworking à proprement parler fut inauguré à San Francisco par le programmeur Brad Neuberg, suivi de près de la Hat Factory co-fondée par Chris Messina… Son nom ne vous dit sans doute rien, mais il s’agit de l’inventeur du #hashtag sur Twitter ! L’idée n’était plus de regrouper des membres du même domaine, mais de créer des écosystèmes, des communautés de travail. De proposer un espace de travail plus sociable et collaboratif avec des déjeuners en commun, des séances de méditation, et même des massages.

 

 

Dès lors, la tendance était lancée. Et face à ce phénomène en pleine expansion de plus en plus de jeunes entrepreneurs se laissent séduire par ce concept. Car une fois la cotisation déboursée : zéro paperasse, tout est là, sur place, prêt à l’emploi et accessible. Ces espaces hybrides ont, d’ailleurs, émergé sous l’initiative de startups, TPE et PME de tous genres, afin de répondre au besoin de sortir de l’isolement et de la solitude du travail chez soi, tout en continuant à être à son compte et en préservant autonomie et liberté. Et pour plein d’autres bonnes raisons: comme recevoir ses clients ailleurs qu’à la table de la salle à manger, faire une réunion Facetime sans que ses enfants ne passent derrière déguisés en super-héros, ou encore retrouver moins souvent de traces de tasses de café sur des dossiers importants, ne pas se sentir obligé de faire une brassée de lavage entre deux appels, etc. En adoptant les codes de l’hôtellerie et de la Silicon Valley, ces centres d’affaires 2.0 ont réinventé l’espace de travail et mettent en avant l’esprit de communauté et l’échange entre pairs. Il s’agit souvent de bureaux open spaces, bien qu’il y ait aussi des bureaux fermés. Tout est pensé pour favoriser les rencontres, les échanges, l’innovation, l’ouverture, la convivialité. Ce tout dans une ambiance particulière, assez loin des espaces de travail conventionnels. Et c’est précisément cette ambiance que les coworkers recherchent. Ça et la flexibilité. Chaque espace opère avec son mode de fonctionnement : location à la journée, quelques jours par semaine ou à temps plein. Les prix oscillent de 300 à 500 € par mois en région parisienne. Certains espaces proposent même un tarif horaire. En Guadeloupe (Sopt Coworking, Jarry) et en Martinique (le Cosy), le prix d’un poste dit, dédié est compris entre 300 et 450 euros par mois. Partout, les espaces de coworking se déploient pour les mêmes raisons. Et ils bénéficient aujourd’hui d’une attention particulière des pouvoirs publics en ce sens qu’ils sont perçus comme des lieux propices à l’innovation et adaptés aux nouveaux modes de travail, en particulier en termes de flexibilité. 

Loin d’être uniforme, le paysage mondial du coworking répond à des attentes générationnelles et économiques, et à des évolutions sociétales, communes à la plupart des régions du monde.

C’est d’ailleurs ce que souligne le journaliste Charley Mendoza pour l’Asie sur le site Real Views : « De nombreux pays d’Asie du Sud-Est voient de plus en plus le coworking comme un moyen d’encourager l’esprit d’entreprise parmi leurs populations locales. (…) En mars 2015, la première chaîne de coworking du Vietnam, Toong, a reçu un financement à sept chiffres, tandis que The Hub Singapour a levé 1,5 millions de dollars australiens d’un business Angel anonyme. », écrit-il. En 2015, de son côté Paris a accordé des subventions à hauteur de 2 millions d’euros à 14 lieux de coworking. Plus globalement, ce que partagent les espaces de coworking du monde c’est la volonté de créer des liens d’affaires, un sens créatif, dans une vision de l’économie non plus hiérarchisée et linéaire, mais collaborative et circulaire. 

Pour ma part, après six ans de travail en solitaire, dans mon chez-moi, coincé entre le canapé et la table basse, je me suis enfin laissé séduire par le coworking. Car si travailler chez-soi procure une certaine liberté et de la disponibilité pour sa famille, il est aussi contraignant en matière de productivité. Et outre le fait de vouloir séparer vie privée et professionnelle, je voulais aussi me débarrasser de mes mauvaises habitudes : ne plus rester en pyjama jusqu'à 15 h, faire trois siestes en moins de 5 heures, tourner en rond, quitte à parfois me décourager et me soigner à coups de séries Netflix. Le rendez-vous fut pris dans le IXe arrondissement de Paris, à deux pas de l’Opéra Garnier et de la Gare de Saint-Lazare, dans ce nouvel eldorado technologique où l’on trouve désormais les Google, Facebook, Twitter, Blablacar et autres puissants de la nouvelle économie. C’est ici, au 33 rue de Lafayette, chez WeWork, le géant américain du coworking, qui venait d’ouvrir son premier lieu physique en France, que j’allais enfin débuter une nouvelle aventure. Un bâtiment Art Déco de 12.000 m2 répartis sur huit étages abritant 2.400 postes. Thé ou café à volonté, donuts en libre-service, salons privés, cabines téléphoniques, cuisines équipées à tous les étages, cours de yoga, roof-top… WeWork propose, en effet, une large gamme de services : accès aux services bancaires facilités, solutions de RHs, de stockage, des conférences, ateliers, des rencontres entre leaders d’opinion, la possibilité d’organiser des événements (séminaires, lancements). Et comment ne pas parler de l’application WeWork qui permet de se connecter à l'intégralité de la communauté de créateurs et d'entrepreneurs. D’échanger des idées, trouver des opportunités, réserver des salles de réunion, des postes de travail et plus encore. Rester connectés et productifs partout, tout le temps. La formule a tout de même un coût : 450 € par mois pour un poste de travail ou encore 665 € par mois en moyenne pour un bureau privé pour une personne.

 

Lors de mon premier jour, j’ai fait la rencontre d’Amandine, 35 ans, coworkeuse avérée, ancienne Dir com d’une agence de mannequinat, qui avait décidé de tout plaquer - un peu comme moi - pour créer son entreprise de RP. Souriante et affable, chargée de me faire visiter les lieux, elle m’explique qu’ « ici, chacun travaille sur son projet, mais l’accent est mis sur le partage. Finalement, beaucoup de gens travaillent ensemble, car on est toujours potentiellement le client de quelqu’un ». Et au bout de 5 mois passé chez WeWork, je peux dire que le coworking a changé mon quotidien et ma façon de concevoir le travail, l’entrepreneuriat, le réseautage ainsi que mon projet en lui-même. On s’y sent chez soi, mais aussi au travail, avec des rapports d’égal à égal. Le renouvellement des personnes permet à chaque fois de faire de nouvelle rencontre. Chacun peut s’avérer être un client ou un partenaire potentiel. Mais je dois tout de même reconnaître que le coworking n’est pas possible pour tous les entrepreneurs : il est nécessaire d’avoir une activité dématérialisée. De ce fait, il est fort déconseillé aux entrepreneurs qui ont besoin de calme et de silence pour travailler. A fortiori, pour les projets innovants ou les professions concernées par le secret professionnel et la confidentialité des informations. En vérité, le coworking est un mode de travail adapté pour les personnes qui apprécient de travailler dans un endroit animé et avec un minimum de bruit - qui n’est toutefois pas désagréable, car il s’agit d’une ambiance de travail. 

 

loin d’être uniforme, le paysage mondial du coworking répond à des attentes générationnelles et économiques, et à des évolutions sociétales, communes à la plupart des régions du monde. Et lorsque la nouvelle génération rejoindra le marché du travail, nous verrons de plus en plus de travailleurs en freelance, d’entrepreneurs… Car par rapport aux autres générations, ils ont à cœur de travailler avec beaucoup de plaisir, ce qui signifie qu’ils veulent faire quelque chose qu’ils aiment dans un environnement agréable, rencontrer des gens intéressants et collaborer. Toutefois, tous les espaces de coworking ne se valent pas. Ad finalem, du fait de sa culture du global, du bon sens et de l’ouverture aux autres, les espaces de coworking sont devenus les « hubs » d’une innovation en mouvement, un concentré de talents qui inventent aujourd’hui les usages de demain. Ils dessinent l’avenir du travail, de la création, de l’innovation…  Bien plus qu’une simple mode éphémère, le coworking est un authentique phénomène sociétal qui ne devrait pas s’essouffler de sitôt. Dans les prochaines années, on devrait au contraire assister à un accroissement considérable du nombre de coworkers étant donné la progression du travail nomade et de l’économie collaborative. Les entreprises semblent elles-mêmes avoir compris l’intérêt de ces nouvelles infrastructures puisqu’elles sont de plus en plus nombreuses à y envoyer leurs salariés. Le coworking séduit aussi les grandes entreprises. Renault a créé son "fab lab" (espaces où sont mis à disposition des outils, ndlr) pour stimuler la créativité de ses ingénieurs. Et Bouygues et Nexity viennent d'ouvrir des espaces de coworking. Ajoutons à cela le nombre important de bureaux et de locaux actuellement vacants qui pourront, à l’avenir, constituer autant d’espaces destinés au coworking ! 

 

 

 

 

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