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Mélissa Matou | Laboratoire FèyÔpéyi

Mélissa Matou | Laboratoire FèyÔpéyi

Propos recueillis par Ken Joseph Photos : Teddy Vestris Finaliste du Grand Prix Fabienne Youyoute, FèyÔPéyi, porté par Mélissa Matou, célèbre le patrimoine naturel guadeloupéen à travers une gamme de produits cosmétiques et nutraceutiques. Ce projet est bien plus qu’une entreprise, c’est un hommage à la richesse botanique de l’île. FèyÔPéyi incarne la fusion entre tradition et innovation, avec un engagement ferme envers la durabilité et la préservation de l’environnement. C’est une déclaration d’amour envers la Guadeloupe et ses trésors naturels, avec la vision d’une reconnaissance internationale. FèyÔPéyi démontre que l’entrepreneuriat peut être une force motrice du changement positif tout en valorisant le patrimoine local.     Fèyôpéyi. Docteure en Biologie moléculaire et cellulaire, avec une spécialisation en phytochimie et en phytocosmétique, j’ai cofondé le laboratoire FèyÔPéyi Bien-être et Cosmétiques aux côtés de mes collaboratrices, Savana André et Mélissa Marillat. Notre mission première est la mise en valeur des plantes aromatiques et médicinales originaires des Antilles et de la Guyane, en mettant en lumière leurs propriétés souvent méconnues ou sous-estimées. Dans cette optique, nous aspirons à développer un laboratoire de recherche et de développement pour créer des cosmétiques, des nutraceutiques et des matières premières innovantes, s’inspirant de la biodiversité locale. L’échec fait partie intégrante du processus entrepreneurial. À mon sens, il n’y a pas de réussite sans quelques revers.   Nous avons déjà lancé sur le marché des produits cosmétiques naturels et avons en projet de proposer des compléments alimentaires à base de plantes locales. Le nom « FèyÔPéyi » porte en lui une signification double, associant les plantes du terroir à l’idée de « fait au pays », en capsulant parfaitement notre engagement envers l’innovation naturelle et locale. Ma motivation principale est de trouver des solutions naturelles et innovantes pour les besoins en cosmétiques et nutraceutiques de notre population, en relevant les défis spécifiques de notre territoire.   Mental d’entrepreneure. L’esprit entrepreneurial a toujours été ancré en moi, et cette entreprise n’est pas la première à laquelle je me consacre. Je suis parfaitement consciente des défis et des risques inhérents à la création d’une entreprise. Le facteur le plus déterminant réside dans une vision claire de nos objectifs. Mon style de leadership est essentiellement de nature managériale. Mes proches me qualifient souvent de diplomate et de patiente. Je suis convaincue que l’harmonie et une attitude positive sont essentielles pour des relations humaines fructueuses. L’échec fait partie intégrante du processus entrepreneurial. À mon sens, il n’y a pas de réussite sans quelques revers. Toutefois, je n’ai jamais réellement accepté l’échec. Mon engagement dans chaque initiative est total, dans le but d’éviter les échecs et, surtout, de ne rien regretter. Mon plus grand défi a été de surmonter ma timidité et de sortir de ma zone de confort. Appartenant à une famille soudée, le soutien indéfectible, en particulier celui de ma mère, représente l’un de mes atouts les plus précieux.     Sa vision. La Guadeloupe doit renforcer ses liens économiques avec la Caraïbe et le monde pour encourager le commerce, l’investissement, et l’innovation. Malgré notre petite taille, notre emplacement au cœur des Caraïbes est stratégique. Il est crucial de briser les barrières mentales limitant notre interaction avec nos voisins et d’exploiter pleinement nos ressources. Ma carrière illustre que le talent local peut être reconnu à l’échelle mondiale, soulignant l’importance de faire valoir et de croire en nos capacités au-delà des frontières.   Il est essentiel que les nouvelles générations s’ancrent dans notre histoire, embrassent notre patrimoine, et démontrent que nous pouvons exceller localement et internationalement. Nous devons cultiver une fierté renouvelée envers notre identité et notre territoire, en bâtissant un avenir où notre héritage est non seulement préservé, mais aussi célébré et valorisé. Réaffirmons notre fierté envers notre identité et notre territoire.

Enrick Plantier | Flamboyant Premier

Enrick Plantier | Flamboyant Premier

Propos recueillis par Ken Joseph Photos : Teddy Vestris Flamboyant Premier, finaliste du Grand Prix Fabienne Youyoute, redéfinit l’éducation en Guadeloupe. Sous la direction d’Enrick Plantier et de ses associés, ce collège privé se distingue par son engagement envers l’excellence et son approche pédagogique personnalisée. C’est bien plus qu’une institution éducative, c’est un lieu où l’ambition et les valeurs guadeloupéennes s’épanouissent. Flamboyant Premier incarne l’entrepreneuriat éducatif avec une vision audacieuse : former une nouvelle génération de leaders et d’innovateurs ancrés dans leur culture et prêts à relever les défis de notre société.     Flamboyant Premier. Flamboyant Premier est avant tout une histoire d’hommes et de femmes. Le point de départ est le centre de soutien scolaire de Jannick Marboeuf. Après de longues années, Malik Kabela et elle ont constaté un déclin de leur impact sur la scolarité de leurs élèves. C’est à ce moment précis qu’ils ont conçu l’idée d’ouvrir un collège pour intervenir plus tôt dans le processus éducatif. Ils savaient que pour mener ce projet à bien, ils avaient besoin de compétences complémentaires, c’est pourquoi ils se sont tournés vers moi. J'ai rapidement compris que fondé une école privée exigeait plus qu'une passion pour l'éducation : il fallait de la détermination, de la pugnacité et une vision claire. Ouvert en octobre 2022, Flamboyant Premier est un collège privé hors contrat qui se distingue par son approche pédagogique unique : des classes de huit élèves maximum, une emphase sur le développement global de l’individu et l’intégration des activités culturelles, sportives, et manuelles pour équilibrer l’excellence académique avec le bien-être de chaque élève. Les cours théoriques ont lieu le matin, suivis d’activités l’après-midi, incluant la gestion de projet pour développer des compétences pratiques et de leadership. Ancrés dans des valeurs d’égalité des chances, nous croyons en la transformation sociale par l’éducation, faisant de Flamboyant Premier un catalyseur de progrès au cœur de la jeunesse guadeloupéenne. Mental d’entrepreneur. L’aventure entrepreneuriale ne m’était pas prédestinée, mais la création de Flamboyant Premier m’a transformé en chef d’entreprise. J’ai rapidement compris que fonder une école privée exigeait plus qu’une passion pour l’éducation : il fallait de la détermination, de la pugnacité et une vision claire. Convaincre, partager notre rêve et surmonter les complexités administratives sont devenus mon quotidien. La réussite de Flamboyant Premier, c’est la concrétisation de notre idée en une entité florissante, en dépit des nombreux défis rencontrés.   Sa vision. Notre histoire et les spécificités culturelles qui en découlent favorisent l’innovation et la créativité. Nous devons proposer des solutions pertinentes aux problématiques locales. Cependant, nous privilégions souvent la sécurité d’un emploi salarié. Nous devons encourager une culture entrepreneuriale qui valorise la prise de risque, la créativité et la persévérance. Il faut reconnaître et célébrer les réussites entrepreneuriales locales afin d’inspirer d’autres aspirants entrepreneurs. La proximité avec d’autres entrepreneurs et le réseau d’organisations professionnelles peuvent renforcer la collaboration et le partage d’expériences. Le deuxième point critique est le financement. Beaucoup d’entrepreneurs ont du mal à obtenir les financements nécessaires pour mener à bien leur projet. Les subventions existent, mais sont souvent peu connues et délivrées trop tardivement. Enfin, le dernier point est l’éducation : nous devons investir dans l’éducation et la formation professionnelle pour développer des compétences adaptées aux besoins de l’entrepreneur.   Cheikh Anta Diop a souligné l’importance de s’armer de science et de reconquérir notre patrimoine culturel. À Flamboyant Premier, nous prenons cette mission à cœur en forgeant une conscience historique et culturelle chez nos élèves, les encourageant à reconnaître et à valoriser nos succès locaux et à se libérer de l’idée que ce qui vient d’ailleurs est meilleur. Cependant, nous avons aussi, individuellement, notre part de responsabilité. Nous aspirons souvent à cacher nos succès. Il est possible d’inspirer sans être dans la vantardise. Nous ne valorisons pas à sa juste valeur nos réalisations. Apprenons à apprécier des parcours comme ceux de Maryse Condé ou Euzhan Palcy.   Notre génération est convaincue que la force de la Guadeloupe réside dans sa capacité à éduquer son peuple, à le nourrir et à lui offrir des opportunités d’emplois. Flamboyant Premier incarne notre engagement en faveur de l’éducation, contribuant ainsi à un avenir où chaque Guadeloupéen peut être fier de son identité, de son patrimoine, et de ses réalisations. Nous sommes déterminés à montrer que l’éducation est le premier pas vers un développement durable et inclusif.

Claude Quenette | Dépozé

Claude Quenette | Dépozé

Propos recueillis par Ken Joseph Photos : Teddy Vestris Dépozé, projet finaliste du Grand Prix Fabienne Youyoute, est bien plus qu’une solution de covoiturage. Claude Quénette et Ketline Marie sont en phase de créer une véritable révolution de la mobilité à Marie-Galante. Leur initiative, axée sur l’accessibilité et la durabilité, vise à connecter la communauté tout en favorisant l’économie locale. Dépozé incarne l’esprit d’entreprise et l’engagement envers le territoire, en offrant une nouvelle perspective sur la mobilité. C’est un exemple inspirant de la manière dont l’innovation peut résoudre des problèmes locaux tout en ayant un impact positif sur l’environnement et la communauté.     Dépozé. Avec mon associée, Ketline Marie, nous avons initié un projet ambitieux : développer une solution de covoiturage adaptée aux spécificités de Marie-Galante, envisageant à terme son extension à toute la Guadeloupe. Ce projet pilote incarne notre vision d’un covoiturage accessible à tous, y compris à ceux éloignés du numérique, en intégrant une approche mixte combinant technologie et contact humain à travers une ligne téléphonique et un point de vente physique. Le choix du nom « Dépozé » fait écho à notre volonté de revendiquer une identité locale forte. Ce terme, ancré dans l’usage quotidien des transports en commun de l’île, symbolise à la fois une invitation au voyage et un hommage à notre culture. Cette approche du créole souligne notre attachement aux racines locales, tout en marquant notre ambition de renouvellement. La peur de l’échec est légitime, car les risques sont bien réels, mais cela ne devrait jamais être un frein, mais plutôt une force pour s’appliquer et dépasser cette peur.   Notre objectif est double : dynamiser l’économie locale et améliorer la mobilité des habitants, le tout dans une démarche respectueuse de l’environnement. Dépozé se veut être notre contribution au bien-être collectif, offrant une solution concrète à une problématique de mobilité, tout en favorisant l’épanouissement sur nos territoires grâce à nos savoir-faire.     Mental d'entrepreneur. L’entrepreneuriat a toujours été pour nous une vocation, une aspiration à matérialiser des solutions pour notre territoire. Ce désir s’est concrétisé après nos études, marquant le début de notre aventure entrepreneuriale. Nous avions hâte de monter ces projets qui nous habitaient depuis si longtemps.   La peur de l’échec est légitime, car les risques sont bien réels, mais cela ne devrait jamais être un frein, mais plutôt une force pour s’appliquer et dépasser cette peur. Le défi majeur pour moi a été de créer une plateforme en ligne, un domaine éloigné de ma formation initiale. Cette épreuve a renforcé ma volonté de réussir. Au sein de Dépozé nous tenons à développer un leadership participatif donnant à chacun une voix et une chance d’être entendu. C’est notre façon de créer un environnement où chaque utilisateur se sentira à l’aise et écouté.   Sa vision. Notre vision pour la Guadeloupe est audacieuse. Nous croyons que pour bâtir une économie solide, chaque individu doit prendre conscience de son potentiel. Nous appelons à l’encouragement des générations futures à embrasser l’entrepreneuriat, à cultiver leur richesse intellectuelle, culturelle et personnelle, et à ne pas avoir peur de rêver grand. C’est en formant les générations à venir et en leur ouvrant la voie que la Guadeloupe créera un écosystème performant soutenant la création d’entreprise. Les parents ont un rôle crucial à jouer en transmettant ces valeurs à leurs enfants. Nous croyons également qu’il est essentiel de mettre en avant les talents locaux pour inspirer les entrepreneurs de demain.   En fin de compte, la mission de notre génération est de catalyser le changement et d’encourager la prospérité, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les générations futures et la Guadeloupe dans son ensemble.

Kisilya Seymour | Baloya

Kisilya Seymour | Baloya

Propos recueillis par Ken Joseph Photos : Teddy Vestris Projet finaliste du Grand Prix Fabienne Youyoute, Baolya incarne une révolution dans le domaine de la périnatalité en Guadeloupe. Kisilya Seymour, à l’origine de ce projet, offre bien plus qu’un simple service : elle crée un havre de paix pour les futurs parents. Baolya représente l’union parfaite entre tradition et modernité, avec un accompagnement holistique qui s’inspire de la culture guadeloupéenne. Le projet a pour ambition de transformer radicalement l’expérience périnatale en mettant l’accent sur le bien-être des familles. C’est un engagement envers la Guadeloupe et son avenir, une preuve que l’innovation et la compassion peuvent avoir un impact réel sur la communauté.     Baolya. Ma passion pour la périnatalité, ancrée dans la richesse culturelle de notre territoire, a guidé mon parcours depuis mes premiers pas en tant qu’infirmière jusqu’à la fondation de Baolya, le premier et unique centre périnatal de la Guadeloupe. Ce lieu, où se rencontrent nature, traditions et expertise périnatale, est le résultat de mon expérience personnelle transformée en vocation d’entrepreneure, motivée par le désir d’offrir aux familles un accompagnement holistique, allant bien au-delà du suivi médical. C’est ainsi qu’est né Baolya, un écosystème où se trouve une équipe pluridisciplinaire, passionnée et à l’écoute, comprenant une sage-femme, des doulas, une kinésithérapeute, un orthophoniste, des psychologues, un sexothérapeute… qui accompagnent les futurs et jeunes parents à travers des consultations individuelles, des ateliers et des évènements collectifs.   Pour moi, réussir c’est avoir un but vers lequel aller et traverser les étapes pour y arriver, tout en savourant le voyage et ses aléas. « Baolya » fusionne « baobab », l’arbre de vie, et mon prénom. Ce nom incarne notre philosophie : soutenir la vie, dès ses premiers instants, dans un esprit de connexion et d’harmonie.   Mais pourquoi tout cela ? La Guadeloupe fait face à un défi alarmant. Plus d’un tiers des parents ici vivent un mal-être pendant leur grossesse, un pourcentage bien au-dessus de la moyenne nationale française. Les 1 000 premiers jours de la vie d’un bébé, de la grossesse à l’entrée en maternelle, sont cruciaux pour son développement. Pour élever des enfants épanouis, il faut des parents sereins. À ce jour, Baolya a déjà accompagné plus de 200 familles guadeloupéennes. Cependant, notre mission ne fait que commencer. Mon rêve est de faire de Baolya la référence en matière d’accompagnement périnatal en Guadeloupe. Nous avons l’intention d’étendre notre influence en ouvrant un deuxième centre en région basse-terrienne et de proposer des consultations ainsi que des ateliers virtuels pour atteindre encore plus de familles.   Mental d'entrepreneure. Quitter mon emploi salarié pour lancer Baolya fut une décision dictée par un déséquilibre entre mes valeurs et ma pratique professionnelle. J’étais tout à fait consciente des risques et des efforts à fournir au vu d’un tel changement, mais ils ne pesaient pas lourd face à ma détermination. Bien sûr, il y a eu des doutes en cours de route, mais chaque obstacle rencontré m’a permis de grandir, me défaisant de mon ancien mindset de salariée pour embrasser pleinement la vie d’entrepreneure.   Pour moi, réussir c’est avoir un but vers lequel aller et traverser les étapes pour y arriver, tout en savourant le voyage et ses aléas. C’est ressentir de l’épanouissement et de la satisfaction quand on regarde le chemin parcouru. Voir que l’on a évolué en une meilleure version de nous. Je tire satisfaction de l’évolution positive de mon parcours et je suis reconnaissante du soutien inconditionnel de mon entourage à chaque étape de mon projet.     Sa vision. En ce qui concerne ma vision pour l’avenir de l’entrepreneuriat en Guadeloupe, je crois en l’importance de l’éducation et de l’acculturation à l’entrepreneuriat. Il est crucial d’enseigner aux jeunes les compétences nécessaires pour créer et développer une entreprise, tout en simplifiant l’accès aux aides. Mon expérience m’a montré que l’accès aux aides existantes peut s’avérer être un véritable parcours du combattant, en particulier lorsque votre projet ne correspond à aucune catégorie préétablie.   Ma mère m’a toujours dit : «  Fo'w plen avan ou débodé.  » Les illustrations de réussite qui nous entourent dès notre plus jeune âge proviennent principalement de l’extérieur. Mettre en avant les exemples de réussite locales est essentiel pour nourrir l’identité et l’estime de soi des individus. Il est par conséquent primordial de connaître notre passé et de valoriser nos succès. Comme le dit un proverbe africain, «  on soigne les blessures sur sept générations  ». Notre génération est la septième après l’esclavage. Nous sommes donc à un moment de l’histoire où nous avons la possibilité de guérir profondément les traumatismes transgénérationnels, ce qui nous ouvre de nouvelles perspectives. À mon avis, la mission de notre génération est de redéfinir ce que signifie être Guadeloupéen et de donner une nouvelle dimension à cette identité.   En conclusion, avec Baolya, je m’engage à apporter un changement positif dans la vie des familles guadeloupéennes en leur offrant un accompagnement périnatal d’excellence. J’espère que cet engagement encouragera d’autres jeunes entrepreneurs Guadeloupéens à suivre leur passion.

Lespri Kaskòd ou l’avènement d’une puissance économique noire.

Lespri Kaskòd ou l’avènement d’une puissance économique noire.

Par Corinne Thimodent Photos : Teddy Vestris, Yvan Cimadure 12 years a slave ne s’affichait pas encore à l’écran que nombre d’entre nous savaient déjà, conscients de la persistance d’injustices – vivant ici, que le processus d’émancipation n’étant pas achevé qu’il nous faudrait sans cesse et sans répit poursuivre cette œuvre en nous construisant chacun, au bénéfice d’un nous-mêmes symbiotique, des chemins de libertés. Libertés qui au cours de ces quinze dernières années s’exprimant en mille et une manières créatives font démentir les « pas possible » et évoluer nos manières d’agir, jusqu’à déferrer ce droit naturel à tout homme d’entreprendre son territoire. Certain, une autre Guadeloupe se levait. Était-ce à son tour de faire sa part autant que de prendre (sa) part, moins qu’en quinconce, aux festins des responsabilités économiques, synonyme de pouvoir et pour beaucoup d’une forme d’indépendance ? Une Guadeloupe, rassurée sans doute, depuis l’affirmation du Gwoka au patrimoine mondial de l’humanité et l’avènement de l’accras, sublimé en mets déstructurés de maîtres-chefs, de la valeur de ses apports au monde. À nous, que nos aînés destinaient à toutes autres fonctions dirigeantes plus intellectuelles que manuelles, d’accéder aux implications autres que politiciennes ? Lespri Kaskòd est le fighting spirit d’une identité agile dont l’acte premier est de combattre les déterminismes. Moins évidente est la tâche. Car, s’il revient à chaque génération de trouver sa mission, la nôtre aussi ardue que passionnante, revêt tout d’un rôle modèle de pionner, appeler à faire exister ce qui n’est pas encore ou peine à surgir en business plan recevable ? À nous, qui revenions de loin… De l’article 28 du Code noir, plus précisément. Lequel, organisant notre pauvreté, déclarait que «  les esclaves ne pouvaient rien avoir qui ne soient à leur maître ; et que tout ce qui leur venait de l’industrie, ou par la libéralité d’autres personnes, ou autrement, à quelque titre que ce soit, était acquis en pleine propriété à leurs maîtres, sans que les enfants des esclaves, leurs pères et mères, leurs parents et tous autres y puissent rien prétendre par successions, dispositions entre vifs ou à cause de mort ; lesquelles dispositions déclaraient nulles, ensemble toutes les promesses et obligations qu’ils auraient faites, comme étant faites par gens incapables de disposer et contracter de leur chef » . Les volontés d’investir et de s’investir hors des univers connus de la politique, du fonctionnariat, du monde libéral en son statut d’arbitre, ainsi durement confrontées à ses interdictions légales, même après l’abolition du code les ayant établies, ont dû dès lors s’adapter, développer des stratégies de contournement faisant émerger Lespri Kaskòd. Un pur état d’être aux versions multiples, aussi bruyant que silencieux, révolutionnaire et résilient, hors posture du langage, chaque exemple qui en témoigne transcende la parole. D’abord en ba bwa , respectant la consigne de Dominik Coco, nos initiatives semblèrent amusantes, vaines pour les tenants du tout-import, qui cependant émargeaient aussi à l’export ; tant qu’il ne s’agissait que de banane, de rhum et de sucre. Tant que la production locale demeurerait une Hispaniola dont on ne cessait de vanter le potentiel tout en l’évidant de ses projets structurants, vite ramenés pour le confort plus que pour le bien d’une poignée à leur plus simple expression d’artisanerie. Mais à mesure que les productions locales, plus médiatisées, se frayaient des marchés, avec ses locomotives en têtes de pont, lustrées de l’indigo de ces noms devenant communs, l’ennemi, plus que jamais, allait s’arc-bouter aux privilèges surfaits d’une économie de comptoir en sursis, où le rôle de chaque acteur, chaque groupe était en train de se redéfinir. Le contrecarrer ? Non : Kaskòd ! L’enfant du professeur instruit-poète retournait à la terre, élever des poulets bio distribués en circuit court, de sorte que la valeur créée restât plus longtemps ici – Ô peyi – avant d’abonder d’autres mains. Kaskòd, aussi dans sa tête et tout son corps, les descendances des maîtres d’hier, qui, souscrivant entièrement à l’Histoire, portaient fièrement aux Galeries Lafayette leurs Biguines-Madras en Fwans, où elles ne cachaient plus ni un créole parfait ni une guadeloupéanité assumée. Les deux appartiennent au blason du Chevalier de Saint-Georges qu’une voix de Ladrezau rend, sans citation, plus vivant que jamais. Lespri Kaskòd est le fighting spirit d’une identité agile dont l’acte premier est de combattre les déterminismes. Et parce que nous avons appris de nos aînés, l’équilibre pour nous vient d’une quête de complémentarité, révélatrice de notre capacité unique à transmuter en beau et bancable ce qui, a priori, ne l’est pas. Manifester ! Amener à la réalité. Comme pour le mot « nègre », qu’il convient d’écrire avec un grand N, l’entrepreneur guadeloupéen – le sociétal, est ce Nouveau Colon de niches rendues par son engagement exemplaire, au-delà de la notion de travail, des cavernes d’Ali Baba. Fabienne Youyoutte, illustre ce propos, tant elle apporte au monde économique, sans faire de vagues à la surface, par touches disruptives en profondeur, ses textures généreuses aux saveurs originales, mariant notre île avec tous-les partout qui la composent. Elle a fait bouger les lignes. Oui, elle a su, couronnée de la reconnaissance de ses pairs du titre professionnel de Meilleur Artisan de France, asseoir sa notoriété pour obtenir une inclusion méritée au circuit des tour-opérateurs. Elle est la pause gourmande obligée des touristes comme des natifs de passage ou résidents qui prescrivent l’adresse, mais surtout y reviennent tous, conquis par l’audace de ses préparations. Oui, Youyoutte est désormais une marque constituée des attributs de son savoir-faire et des résultats financiers qui la distinguent et valident son ouverture à la franchise. Elle incarne, sans aucun renoncement à ce qui fait d’elle une femme, noire, une personne à part entière, l’excellence au présent du faire avec et voir plus loin, de Lespri Kaskòd !

Orlane Tancons | Orlane & Célian

Orlane Tancons | Orlane & Célian

Propos recueillis par Ken Joseph Photos : Teddy Vestris Finalistes du Grand Prix Fabienne Youyoute, Orlane Tancons et Célian Cafournet apportent une touche d’innovation à l’entrepreneuriat guadeloupéen. Leur plateforme, « Orlane & Célian », valorise les petites entreprises locales tout en offrant une nouvelle manière de découvrir la Guadeloupe. C’est une ode à l’esprit d’entreprise et à l’engagement envers le territoire. Leur projet incarne l’idée que l’innovation locale peut avoir un impact profond, en enrichissant l’économie de l’île tout en honorant ses trésors cachés. Orlane & Célian. Avec Célian Cafournet, nous avons lancé Orlane et Célian , une initiative née de notre amour inconditionnel pour notre île, la Guadeloupe, et notre passion pour l’aventure. Actuellement en fin de cursus d’ingénieur à Paris, nous sommes animés par le désir de revenir enrichir notre «  péyi » avec ce projet ambitieux. Notre aventure a commencé sur les réseaux sociaux, où nous partagions nos découvertes, rassemblant une communauté de plus de 110 000 passionnés. Notre e-book « Guide Péyi », dévoilant nos 50 adresses préférées et téléchargé plus de 7 000 fois, a connu un succès retentissant, soulignant le besoin d’une plateforme dédiée à la découverte de la Guadeloupe.   Il fut un temps où je percevais la réussite comme une série d’accomplissements personnels, tel que l’excellence académique. Notre mission est de promouvoir les petites entreprises locales en leur offrant visibilité et soutien, tout en proposant des réductions exclusives à nos abonnés. Ce modèle gagnant-gagnant favorise l’économie locale et enrichit l’expérience des résidents comme des visiteurs. En participant au Grand Prix Fabienne Youyoutte, nous espérons décupler notre impact, favoriser notre développement, et continuer à hisser haut les couleurs de notre île sur la scène mondiale. Mental d’entrepreneure. L’entrepreneuriat représente pour moi une voie d’apprentissage constant. En tant qu’étudiante, j’ai pris la décision audacieuse de me lancer dans cette aventure convaincue que c’était le moment idéal. Certes, cette route peut parfois susciter des appréhensions, mais c’est aussi ce qui la rend palpitante.   Il fut un temps où je percevais la réussite comme une série d’accomplissements personnels, tel que l’excellence académique. Désormais, je vois le succès comme l’impact positif que l’on peut avoir sur la Guadeloupe, en engageant des actions et en établissant des entreprises qui enrichissent l’économie locale, mais qui renforcent aussi la résilience et la cohésion de notre communauté.   Sa vision. Je suis fermement convaincue que pour établir une économie guadeloupéenne robuste et un écosystème entrepreneurial prospère, nous avons besoin d’un solide soutien de notre communauté envers les entreprises locales. À leur tour, ces entreprises doivent innover, se distinguer et s’adapter pour rester compétitives. Il est impératif de sensibiliser les porteurs de projets aux multiples opportunités qui s’offrent à eux, notamment les concours et les aides institutionnelles, tout en favorisant le réseautage et la collaboration entre les entrepreneurs. Cela contribuera à multiplier les échanges d’expériences et à offrir de nouveaux modèles de réussite aux générations futures. La tendance à se tourner vers des succès extérieurs pour s’inspirer s’explique par le manque de visibilité accordée aux réussites guadeloupéennes, en dehors des domaines du sport et de la musique. Il existe de nombreux entrepreneurs talentueux sur notre territoire, mais leurs histoires et leurs succès ne sont pas suffisamment mis en avant. Pour changer cette dynamique, nous devons mettre en avant les entrepreneurs guadeloupéens comme modèles de réussite, inspirant ainsi la jeunesse à chercher l’inspiration au sein de leur propre communauté.   Bien que réticente à définir une mission universelle pour ma génération, je constate que la génération (Z) possède un potentiel immense pour façonner l’avenir. En nous concentrant sur la durabilité et l’innovation, en exploitant la technologie pour le développement économique tout en préservant notre riche patrimoine culturel, nous pouvons créer un avenir prometteur pour la Guadeloupe

De 6 à au moins 7 chiffres, de chiffre d’affaires, est-ce encore possible ?

De 6 à au moins 7 chiffres, de chiffre d’affaires, est-ce encore possible ?

Par Par Ludivine Gustave dit Duflo Photo : Tatiana Pavlova La pandémie de Covid-19 a frappé certaines industries beaucoup plus durement que d'autres. Les secteurs de l'automobile, de la mode et du luxe ont vu leurs revenus baisser de 10 à 15 % en 2020 par rapport à l'année précédente. Les sociétés pétrolières et gazières ont connu des baisses plus importantes de plus de 20 %, et les sociétés de voyages et de tourisme ont vu leurs revenus chuter de près de 50 %. En revanche, les sociétés biopharmaceutiques et technologiques ont elles connu une augmentation respective de 7 % et 6 %. De même, les régions géographiques ont connu des niveaux de retombées variables. Les entreprises basées en Espagne, au Portugal, en France et en Inde ont été les plus durement touchées, connaissant une baisse moyenne de leurs revenus de 7 % à 8 % de 2019 à 2020. Les entreprises basées au Royaume-Uni, en Allemagne, en Autriche et au Japon s'en tirent légèrement mieux, avec une baisse du chiffre d'affaires de 3 à 5 %. Dans le même temps, certains pays, comme le Brésil et la Grande Chine, ont vu leur chiffre d'affaires global augmenter en 2020 d'environ 6 %. © Sumaid Pal Singh Dans un contexte d’incertitudes, comment est-il encore possible d’atteindre 7 chiffres et plus de CA ? On ne reviendra pas ici sur les fondamentaux tels que la pertinence de l’offre de valeur de l’entreprise sur son marché, les méthodes adaptées en gestion de projet, le suivi rapproché de la trésorerie… mais de l’apport de la transformation numérique de l’entreprise. Ce sujet était déjà bien présent avant la pandémie et il le devient encore plus après. La transformation numérique de l’entreprise et son approche de vente sont véritablement un moteur de croissance pour l’entreprise. Réinventez vos modèles commerciaux, et tant que possible tirez profit des données. Recherchez le modèle commercial adapté à l’entreprise dans une approche dynamique, basée notamment sur l'apprentissage, l'adaptation, la collaboration. Vous pouvez décider de réinventer le modèle d'entreprise et choisir de co-optimiser vos avantages commerciaux. Ainsi vous créez de la valeur pour votre client final et exercez une influence au-delà de votre propre entreprise. Prenons l’exemple de l'assureur chinois Ping An. Il a fondé sa structure en 1988 en tant que compagnie d'assurance traditionnelle, mais il s'est récemment transformé pour devenir un leader numérique. L'entreprise a créé une grande variété de services numériques pour établir des relations clients et générer des données : il a beaucoup investi dans l'intelligence artificielle (IA), il a connecté les bases de données clients dans toute l'entreprise avec des systèmes d'IA et des plateformes de décision et il a formé des collaborations, telles qu'une coentreprise numérique avec Alibaba et Tencent, pour améliorer davantage ses capacités. Ces capacités lui ont permis de devenir la compagnie d'assurance la plus appréciée au monde. © Getty images Tirez parti des données. La transformation de l’entreprise devrait être envisagée en gardant à l’esprit dès le début, l’exploitation continue des données qui pourront être collectées. Les données ont de la valeur. Le fait de tirer parti des plateformes pour collecter, organiser, et exploiter les données permet les analyses prédictives sur votre marché et selon la qualité des données, celles d’autres marchés. L’accélération du commerce électronique, « e-commerce », est un bon exemple. Bien que les chaînes d’approvisionnement mondiales aient été perturbées, les entreprises qui ont su rapidement prioriser le passage au commerce électronique sur leur propre site ou plateformes en ligne et qui ont plus largement intégré l’automatisation des processus ont récupéré un avantage concurrentiel certain. D’une part, les entreprises y ont trouvé leur avantage : réduction des coûts de point de vente, diminution du risque, augmentation de la marge des bénéfices, augmentation de la portée géographique et du CA. D’autre part, les volumes et les observations qu’elles auront collectés, une fois traités et organisés serviront à prendre des décisions et à ajuster les prochaines stratégies. Ce ne sont pas la taille ou la capacité financière de l’entreprise qui fera la différence, mais l’attitude et les capacités des décisionnaires. Un autre exemple est celui de l’entreprise Pandora. Le détaillant de bijoux danois Pandora, avec 2 700 magasins, l'une des plus grandes marques mondiales de la catégorie, sur les dernières années a dû fermer 90 % de ses magasins et a fait le choix stratégique de digitaliser l'expérience de la marque et de développer une approche omnicanale. La COVID-19 a compliqué les plans. Toutefois, la direction est restée fidèle à son plan de transformation pendant la pandémie et a même intensifié ses efforts. L'entreprise a ouvert une unité numérique dans sa ville-siège de Copenhague et l'a dotée d'environ 100 ingénieurs en logiciel, qui ont été chargés de renforcer la présence numérique de Pandora et d'accélérer le passage au commerce électronique. Le hub numérique a déployé de nouvelles fonctionnalités comme une simulation d'essayage virtuel, un assistant d'achat à distance et de nouveaux canaux de distribution permettant aux clients d'acheter des produits en ligne et de les récupérer (ou de les retourner) dans les magasins physiques. En marketing, l'entreprise a augmenté ses dépenses médias et lancé des campagnes d'e-mailing personnalisées. Les initiatives de commerce électronique ont généré des résultats rapidement. Les ventes en ligne en 2020 ont dépassé les ventes en magasin pour la première fois dans l'histoire de l'entreprise. Et Pandora continue d'investir dans de nouvelles capacités dans des domaines tels que la science des données et l'analyse avancée. © Sumaid Pal Singh Restez agile, avancez en mode n .0. Ces transformations requièrent une direction technique et une équipe de préférence dédiée, capables d’identifier rapidement les tendances émergentes et dans un contexte d’incertitude de prendre des décisions rapides telles que « se tenir au plan » ou « s’adapter » L’entreprise Bed Bath & Beyond. Fin 2019, un nouveau PDG, Mark Tritton, a pris la relève. Il est venu avec une expérience antérieure dans la direction de la croissance axée sur les marques, les produits et des redressements omnicanaux. La pandémie a modifié leurs plans. Malgré l'incertitude, Tritton a vu la pandémie comme une chance d'accélérer et d'adapter certains éléments de la transformation. Il a réussi à constituer une équipe de direction de classe mondiale qui s'est concentrée sur un certain nombre d'objectifs spécifiques tels que : préserver la liquidité et renforcer la flexibilité financière en réduisant l'endettement ; réduire l'empreinte physique de l'entreprise en fermant définitivement plusieurs magasins ; accélérer le passage de la distribution multicanale à la distribution omnicanale et dévoiler leur plan de création de valeur dans le cadre d'une journée investisseurs. Sans parler de son CA, l'activité numérique et omnicanale a attiré 10,6 millions de nouveaux clients numériques (près du double du nombre de 2019), dont 5 millions de nouveaux clients de la marque. À la mi-2021, le cours de l'action oscillait autour de 30 $, contre 10 $ juste avant l'annonce de l'embauche de Tritton. Enfin, vous l’aurez compris, concentrez-vous sans relâche sur la transformation numérique de l’entreprise. Ne considérez pas la période pandémie, d’après pandémie ou la santé financière de l’entreprise pour arrêter la mise en œuvre d’un plan de transformation. C'est justement l'occasion de réfléchir à des changements ambitieux qui n'auraient peut-être pas été possibles dans des circonstances habituelles. IDC (International Data Corporation) rapporte que les investissements dans la transformation numérique vont augmenter à un taux de croissance annuel combiné de 15,5 % entre 2020 et 2023. D'ici 2023, 75 % des organisations disposeront de « feuilles de route complètes pour la mise en œuvre de la transformation numérique », contre seulement 27 % en 2020. Ce ne sont pas la taille ou la capacité financière de l’entreprise qui fera la différence, mais l’attitude et les capacités des décisionnaires. Les entreprises qui ont du mal à se lancer dans cette transformation peuvent commencer par des initiatives plus petites et plus ciblées pour renforcer leurs capacités et leur élan. Reste à savoir quel est votre niveau d’ambition. Votre vision du monde de demain ?

L'entreprise une pépinière de talent

L'entreprise une pépinière de talent

Par Mélissa Méridan et Ludivine Prosper Photo : Monique Ben À l’heure où il est beaucoup question de recrutement de talent et de leur fidélisation… Et si l’herbe était déjà verte sous nos pieds ? Et oui, et si des talents cachés se trouvaient au sein même de vos équipes, et si ces derniers ne demandaient qu’à éclore ? À travers cet article, nous aborderons la notion de talent, sa détection, son management et sa fidélisation. Mais avant tout… de quoi parlons-nous ? Qu’est-ce que le talent dans l’entreprise ? Le talent en entreprise revêt différentes approches. Celle qui nous intéressera ici portera sur la détention par un individu d’une ou de plusieurs aptitudes. Il s’agit ici d’une aisance naturelle renforcée ou pas par sa formation et/ou son expérience professionnelle et/ou extra-professionnelle. Nous parlons donc d’aptitudes souvent liées à la personnalité, au tempérament même de l’individu. À noter que le talent n’est pas automatiquement su de l’individu lui-même et n’a pas forcément eu l’occasion de s’exprimer dans ses expériences passées ni au sein de votre entreprise. Et c’est là tout l’enjeu du management et de l’accompagnement ! Comment identifier les talents ? Dans le processus de management des équipes et de la gestion des ressources humaines, plusieurs étapes sont au service de l’identification des talents. C’est ainsi que les entretiens annuels d’évaluation et de progrès (EAEP) et les entretiens professionnels sont des outils essentiels qui permettent de cartographier les compétences internes. En effet, l’EAEP constitue un moment formel permettant d’analyser les performances des collaborateurs, faisant ainsi apparaître leur champ d’expertise, mais également lorsque celui-ci est mis à contribution : leur talent. L’entretien professionnel, lui, permet, dès lors que les conditions nécessaires sont créées, de donner une occasion d’échanges qui peut permettre l’identification et l’expression de talent. Il s’agit de favoriser les situations où le talent du collaborateur pourra être sollicité, permettant ainsi une reconnaissance de cette aptitude et de facto une reconnaissance du collaborateur. Mais avant tout, les managers sont en première ligne pour être à l’affût des talents internes. En effet, qui mieux que le manager peut déceler, observer, être témoin de l’expression du talent chez son collaborateur. Prenons pour exemple, un personnel assurant des livraisons qui, au retour de sa tournée, recueille régulièrement des commandes supplémentaires de clients livrés grâce à son relationnel et son bagout, sans pour autant exprimer une appétence pour les métiers de vente. Ou encore, le(la) chargé(e) d’accueil qui en l’absence de votre référent(e) SAV excelle dans la gestion de litiges client. Le talent, c’est aussi le collaborateur qui fait preuve de créativité et d’innovation permettant à l’entreprise de se réinventer et de faire face à ses problématiques inédites ou encore de développer des projets innovants… Autant d’exemples qui nous amènent à nous poser la question : prêtons-nous suffisamment d’attention à ce type d’éléments, ne passons-nous pas à côté de potentiels inexploités ? Nous comprenons donc que le manager doit avoir la capacité de prendre du recul, d’analyser les pratiques (ce que les collaborateurs prennent plaisir à réaliser, ce sur quoi ils sont à l’aise) et de sortir du cadre. Oui, sortir du cadre et de l’ordre établi pour analyser de manière exhaustive le plein potentiel des membres de son équipe. Cela exige de favoriser un climat de confiance, de communication et de transparence. © Natalia Blauth Comment manager et accompagner un talent ? Après avoir décelé un talent, il s’agit de mener une réflexion stratégique sur la façon dont l’entreprise et le collaborateur pourront mettre à profit ce talent dans une logique gagnant-gagnant. Sachant que le collaborateur peut ne pas avoir conscience de ce talent, il peut être nécessaire de l’accompagner dans cette prise de conscience et de valorisation. En effet, ledit talent peut être perçu comme une aptitude banale par le collaborateur tant sa mobilisation lui est simple et naturelle. Il s’agira ensuite de structurer et de cadrer la mobilisation du talent. Gardons en tête que déceler un talent n’est pas synonyme de bouleversements dans l’organisation de l’entreprise. Il s’agit de favoriser les situations où le talent du collaborateur pourra être sollicité, permettant ainsi une reconnaissance de cette aptitude et de facto une reconnaissance du collaborateur. Une vision tronquée pourrait considérer qu’il s’agit d’adapter l’entreprise aux individus. En réalité, la démarche est bien plus vertueuse... Ne l’oublions pas, la reconnaissance n’est pas que financière. Dans d’autres cas, le talent est tel qu’il s’agira d’opérer des changements dans l’organisation (changement de poste, évolution de la fiche de poste…) afin que l’entreprise et le collaborateur expriment au maximum ce talent. L’illustration peut être le livreur qui, désormais, a une prime de commande client, ou qui évolue vers un poste de commercial. Se pose alors la question de la formation. Le talent brut peut en effet également nécessiter une formation annexe qui pourra affiner ce qui est fait naturellement ou viendra apporter les compétences manquantes pour la pleine réussite au nouveau poste. Pour poursuivre l’illustration, cela pourrait être une formation sur l’outil informatique pour le livreur devenu commercial. Il s’agit ensuite d’assurer un suivi régulier du collaborateur afin de s’assurer de son épanouissement dans les missions ponctuelles confiées, son épanouissement au nouveau poste le cas échéant. © Getty images Faire du Talent Management c’est aussi cela à l’échelle de nos TPE et PME locales. À l’heure où l’agilité est de mise au regard de l'actualité et de la nécessaire adaptabilité : et si la réussite du collectif passait également par là… Une vision tronquée pourrait considérer qu’il s’agit d’adapter l’entreprise aux individus. En réalité, la démarche est bien plus vertueuse : optimiser la capacité de l’entreprise à capitaliser ses ressources internes et aller plus loin ensemble grâce à l’unicité de chacun qui, à la bonne place dans le système, contribue encore davantage à la performance collective. Et le talent non exploitable au sein de mon entreprise ? Le plus souvent, cette question se pose dans le cas de collaborateurs, conscients de leur talent, qui s’essoufflent et finissent par ne plus avoir d’intérêt pour leur mission. Dès lors que le collaborateur montrera des signes de démotivation, il s’agira alors de préparer son départ de l’entreprise en organisant et en optimisant la transmission des compétences liées au poste occupé. Alors nous vous posons la question : quels sont les talents cachés, ignorés, sous-mobilisés au sein de votre entreprise ? Enfin, et vous dirigeant ? Quel est votre talent ? S’exprime-t-il pleinement ?

Le défi de l'adaptation permanente

Le défi de l'adaptation permanente

Par Mélissa Méridan et Ludivine Prosper Photo : Sergey Vinogradov Lorsque la résilience est la seule issue, nos entrepreneurs savent faire preuve de flexibilité. Une vérité généralisable à l’ensemble du monde économique et cela au-delà des frontières : les évolutions font partie du paysage économique, social et environnemental. Penser l’entreprise, penser l’entrepreneuriat signifie s’ouvrir à l’exercice de l’adaptation permanente : s’adapter pour réussir, s’adapter pour se faire connaître, s’adapter pour vivre, s’adapter pour survivre ! Deux choix : Impulser le changement ou le subir. La crise sanitaire est l’illustration véritable du défi de l’adaptation, où l’immobilisme n’est pas une issue possible. Nos organisations ont ainsi été mises à rude épreuve et continuent d’être en perpétuel mouvement. Mais quels ont été les leviers de cette flexibilité ? Comment gérer l’après ? Devons-nous relâcher l’attention ? Comment être dans l’anticipation ? Comment assurer des conditions de travail propices à la performance de l’entreprise ? Quels sont les changements de comportement ? Le changement est par définition le fait de modifier quelque chose, le passage d’un état à un autre. Dans l’entreprise, cette notion prend tout son sens, et ce même à très petite échelle : évolutions réglementaires, changement de pratiques, modification d’organisation de travail, distanciel, départ de collaborateurs, intégration de nouveaux collaborateurs, changement de logiciel… Changer induit une modification des habitudes pour l’organisation ainsi que les individus qui la composent. Commence alors un cheminement plus ou moins long en fonction de l’appétence au changement de votre entreprise : le choc, le déni, la frustration, la dépression, l’expérience, la décision et enfin l’acceptation. La clé de la réussite du processus réside dans notre capacité, en tant que manager, à anticiper et à accompagner ce processus. Une approche experte qu’il est indispensable de maîtriser. © Faruk Tokluoglu Le fondement de la flexibilité réside avant tout dans le sens de l’action. Il n’est pas question de changer pour changer, mais bel et bien pour la performance réelle de l’organisation. Pour ce faire, quatre piliers indispensables : donner du sens, adopter une communication transparente, capitaliser sur une coordination des équipes (mobiliser les influenceurs avec efficacité) et identifier le bon moment (dans la mesure du possible). Faites de vos collaborateurs des acteurs du développement en intégrant la co-construction dans votre mode de management. Voilà une nouvelle casquette ajoutée au panel de l’entrepreneur. « Facile à dire », dirons-nous ! Dans les faits, de nombreuses actions font déjà partie de l’ADN des entreprises et prennent racine dans l’histoire de nos organisations. Nous faisons ici allusion à la capacité de résilience face aux évènements notamment climatiques ou sociaux, notre nécessaire adaptation dans notre vie quotidienne pour faire face aux demandes ou obligations liées à notre statut de citoyen. Notre adaptation est d’autant plus simple lorsqu’elle est dictée par une logique ayant du sens pour nous, lorsqu’elle est proche de nous et nous semble accessible. Au sein de l’entreprise, le mécanisme est le même. Il est ici question de préparer les éventuels changements en créant une dynamique créatrice par l’ancrage du collaborateur au sein de l’entreprise : favoriser une communication par le sens et jouer la carte de la transparence de l’information pour impulser un sentiment d’appartenance. Comment identifier la limite entre dire et en dire trop ? En raisonnant autrement, nous pouvons avancer que vos collaborateurs sont les premiers ambassadeurs de l’entreprise, comment parler d’une entreprise que nous ne connaissons pas vraiment ? Changeons les paradigmes et privilégions la performance et le développement des acteurs de l’entreprise. Faites de vos collaborateurs des acteurs du développement en intégrant la co-construction dans votre mode de management. Une co-construction au service d’une organisation apprenante. Ainsi, capitalisez sur chaque situation, chaque adaptation à tout niveau de l’organisation en vue d’une progression collective. © Busra Ince Les RH le moteur d’un changement efficient. Identifier et adapter les leviers de motivation pour en faire bon usage. Nous ne parlons pas que de motivation financière, mais bien d’améliorer votre connaissance de votre équipe et de ses aspirations. Management, méthode de travail, qualité de vie au travail, bien-être, équilibre entre vie professionnelle et vie privée, culture d’entreprise sont des leviers mobilisables indépendamment de la taille de votre organisation. Manager le changement n’est pas sans risques sans une stratégie d’action finement réfléchie et anticipée. Créer et cultiver une culture d’entreprise permet d’avancer plus sereinement au sein d’un environnement mouvant de manière collective et soudée, telle une chrysalide faisant bloc face aux turbulences de l’extérieur tout en ayant la capacité à se développer. La culture d’entreprise est unique à chaque entreprise, elle fait référence à un socle de fonctionnement commun réuni autour de valeurs, de rites, d’une histoire, d’une mission, d’une vision, d’une identité propre et de l’identité du/de la dirigeant(e). En général, elle n’est pas notre priorité au démarrage de notre activité, mais elle se doit de l’être au moins au moment du premier recrutement. Elle permet d’instaurer un mode de fonctionnement commun. Il s’agit d’un véritable levier identitaire utile à fédérer autour d’un projet commun. En effet, le développement d’une intelligence collective présente des avantages non négligeables en matière de flexibilité : émergence de nouvelles pratiques, souplesse dans la réalisation des missions, coopération productive… La situation sanitaire a mis en exergue de nombreux dysfonctionnements au sein des organisations, mais a également permis de révéler des aptitudes utiles à relever les nombreux défis à venir. Le défi de la digitalisation longtemps abordé timidement au sein des entreprises est devenu une réalité incontournable. Manager à distance, télétravail, retour post-télétravail, comment identifier l’organisation optimale qui se doit de perdurer ? Aucune réponse type ne peut être apportée à cette question, car chaque organisation est différente et possède sa propre identité. Repenser l’organisation, accepter de travailler autrement, laisser entrer la créativité au centre des entreprises sont autant d’éléments permettant la création d’une performance pérenne. Manager le changement n’est pas sans risques sans une stratégie d’action finement réfléchie et anticipée.

Les 3 types de management à privilégier en période de crise

Les 3 types de management à privilégier en période de crise

Par Par Ludivine Gustave dit Duflo Photo : Lia Bekyan Le monde de l’entreprise a, de toute évidence, changé. Bien que l’étape critique de cette pandémie semble être derrière nous, les activités économiques ne reprendront pas comme avant. Le défi des dirigeants est désormais de réussir à conduire le changement, à naviguer et à prioriser les challenges les plus critiques, entre l’homme et la technologie. Face à cette nouvelle réalité, l’avantage concurrentiel est pour les chefs d'entreprise qui agissent rapidement et qui surtout, adaptent leur leadership. Le besoin de leadership au sein des organisations n'aura jamais été aussi critique. L’enjeu réside maintenant dans la capacité des femmes et des hommes impliqués sur les projets à s’adapter rapidement. Le leadership n’est certainement pas qu’un sujet tendance. Les enjeux sont bien réels. La stratégie autour des ressources humaines et la culture d’entreprise deviennent les principaux facteurs clés de succès. La crise sanitaire a suscité des questionnements individuels. On se retrouve dans un contexte où les femmes et les hommes s’éveillent et s’interrogent : « Où vais-je vraiment ? », « Qu’est-ce que je veux faire ? » « Et comment ? »… Une série de questions qui vient repenser et asseoir les fondamentaux du management. © Sumaid Pal Singh 3 types de leadership à privilégier. La plupart des chefs d’entreprises et dirigeants sont des gens très occupés. De façon générale et encore plus durant cette crise, leur attention étant portée sur plusieurs sujets critiques en même temps, ils perdent de vue la direction du travail d’équipe. Il en résulte différents problèmes d’équipe : l’absence d’une direction claire, le manque de structure, des difficultés à maintenir l’harmonie entre plusieurs personnalités ou encore une mauvaise communication. Cela explique qu’au fil du temps, les gens se désengagent, perdent confiance dans l’avenir de l’entreprise ou de leur évolution au sein de celle-ci. Un leader qui veille à développer les compétences, les comportements et les mentalités des membres de son équipe est à coup sûr efficace dans son rôle. Quel leadership établir dans un environnement de travail complexe, en pleine transformation ? Comment assurer une bonne direction d’équipe ? Comment développer ses compétences relationnelles, son intelligence émotionnelle pour influencer et produire des résultats plus solides ? Le management n’est pas qu’une question de savoir-faire. Diriger ne consiste certainement pas simplement à donner des instructions, mais plutôt à inspirer son équipe vers une vision afin qu’elle réalise ce qu’elle ne soupçonnait pas pouvoir produire un jour pour impacter positivement son marché. Ici l’angle de croissance pour l’équipe comme pour l’entreprise est différent. L’enjeu n’est alors plus qu’une question de respect du timing pour l’obtention d’un bonus pour un manager par exemple, ou pour plus de bénéfices pour le chef d’entreprise. L’enjeu est alors beaucoup plus profond : être acteur du monde de demain. Le fait de comprendre, voire de ne faire qu’un avec cette vision active, une énergie de management et une synergie d’équipe différente. Si vous dirigez avec un état d’esprit uniquement tourné sur la rapidité et la quantité, je vous invite vivement à passer à un état d'esprit de qualité. Un leader qui veille à développer les compétences, les comportements et les mentalités des membres de son équipe est à coup sûr efficace dans son rôle. Bien que le style directif ou chef de file, dans lequel vous attendez une obéissance et l’application immédiate de ce que vous avez dit, fonctionne pour amorcer un changement rapide, en période de crise, il est à proscrire puisqu’il impose l’action, mais sans partager la vision globale. La question du leadership est primordiale pour susciter des résultats bénéfiques tant pour l’entreprise et les clients que pour le monde dans lequel nous évoluons. En s’appuyant sur les 6 types de leadership de Daniel Goleman, en période de crise, le leader qui fonctionne en mode « collaboratif », « participatif » ou « coach » obtient des résultats bien plus positifs. ­Assurez-vous de créer de l’harmonie et de construire des liens au sein de votre équipe, de vous intéresser vraiment au collaborateur. Cela vous demandera de travailler votre intelligence émotionnelle, votre capacité d’écoute et de médiation. Créez le consensus de participation avec des questions d’inclusion comme « qu’en pensez-vous ? ». Montrer que l’avis de chacun est utile active l’intelligence collective d’une équipe, la créativité et l’esprit de solution. ­Et encore mieux, avec une vision long-terme, aidez les membres de votre équipe déjà performants à se développer encore plus. Cela assure aussi une meilleure productivité. Il vous suffit d’être un peu attentif en suggérant, selon les cas, des solutions avec des invitations du style « essayez ça ». Au travers de ces 3 styles de leadership, dans un environnement complexe ou en période de crise, il s’agira d’apprendre à écouter pour comprendre plus que de chercher à répondre. Ne sous-estimez pas l’importance du développement du leadership. Les actions et attitudes des dirigeants peuvent engourdir ou stimuler la performance de l’entreprise. Ces approches sont idéales et apportent une différence nette en matière de résultats. Les entreprises peuvent émerger plus fortes, plus agiles, plus innovantes et plus à même de répondre à un environnement en constante évolution.
© Gade Rebra Le leadership ne s’improvise pas. La question du leadership est primordiale pour susciter des résultats bénéfiques tant pour l’entreprise et les clients que pour le monde dans lequel nous évoluons. Pour actionner efficacement son leadership, il faut avoir un cœur et un esprit engagé. Il ne suffira pas de déployer les techniques transmises en formation ou en séminaire. C’est une décision qui vous pousse à anticiper votre approche relationnelle et technique afin de communiquer, influencer et atteindre avec votre équipe, semaine après semaine, les objectifs de l’entreprise.
Votre équipe est l’une des clés de votre succès, mais encore faut-il avoir mis en œuvre des routines pratiques et des outils simples, faciles à intégrer pour cibler efficacement les attentes et résultats. De même qu’une gouvernance adaptée facilitera la collaboration, la participation et surtout le feed-back. Chacun peut oser plus, libérer son potentiel, sans peur, dans un cadre structuré et naturellement bienveillant. La culture organisationnelle ainsi se renforce. « Les leaders doivent utiliser leurs forces naturelles, mais ils doivent aussi chercher sans relâche des moyens de combler leurs propres écarts de rendement et d’améliorer leur comportement ». Notre société souffre d’un manque de femmes et d’hommes capables d’influencer, capables de créer et de fédérer positivement. Avez-vous déjà réfléchi au leadership que vous souhaitez incarner ? Que pourriez-vous dire de votre leadership aujourd’hui ? Que dit-on de vous ? De quel succès à fort impact êtes-vous fier ? Comme le disait un spécialiste du leadership « Diriger et gérer une organisation est une tâche complexe qui exige une combinaison unique de compétences. Les leaders doivent utiliser leurs forces naturelles, mais ils doivent aussi chercher sans relâche des moyens de combler leurs propres écarts de rendement et d’améliorer leur comportement ». Alors quel leadership allez-vous privilégier ?

La réussite, how to handle

La réussite, how to handle

Par Mary B. Photo : Filipp Romanovski Antoine a tenté sa chance et acheté un ticket de loto. Et en y inscrivant ses 6 numéros, et heureux hasard, coup de poker ou alignement des planètes, il gagne le million ! Aussitôt, la machine se met en ordre de marche, conseiller financier, psychologue, gestionnaire de patrimoine et j’en passe. Est-ce trop ? Trop de monde, trop d’attention, je ne pense pas. Pourquoi ? Car réussir, quel que soit le motif qui nous a poussés au sommet demande un encadrement, une vision, une équipe. Pour Marie, chef d’entreprise, à l’aube de décrocher un gros contrat, que va-t-elle trouver au moment de signer ? Pléthore d’ouvrages sur l’échec ? Comment rebondir ? Certes, l’échec est un atout, mais qu’est-ce qui va la préparer à la réussite et surtout la maintenir en haut de la montagne ? Une définition ? Prenons le temps quelques minutes de définir ici ce que j’entends par la réussite. Tout d’abord, on ne peut pas réussir sa vie professionnelle si on la dissocie de la vie au sens le plus large. La vie s’articule autour du cercle de vie, composé d’amis, de l’amour, etc. La réussite est son ensemble, un équilibre entre tous les aspects qui nous permet de réussir. La réussite ne consiste pas, seulement, à comptabiliser combien d’argent nous rapportons à la fin du mois, mais elle se définit aussi autour de notre contribution afin de laisser un monde un peu meilleur, et faire quelque chose pour rendre quelqu’un un peu plus heureux. © Busra Ince Les ingrédients. « Travailler sur ses rêves plutôt que sur ses échecs . » La réussite demande de travailler sur l’acceptation vers la responsabilité et donc la fuite des excuses. Pour cela, nous devons résoudre avant tout une chose essentielle : l’estime que nous avons de nous. Comment ? C’est en s’établissant sur nos valeurs, ce qui compte, ce qui anime notre feu, notre socle qu’on va développer la confiance en soi. Utiliser l’amour de soi en ayant une vision positive de soi, de son cadre de vie, va nous amener plus de bien-être, une confiance qui se gagne au fur et à mesure que l’on va développer ses talents. Ces croyances qui nous limitent dans notre action, notre confiance, se créent parfois depuis le plus jeune âge dans notre environnement familial ou scolaire : « tu es un bon à rien, tu ne seras jamais… ». Comme nous l’affirme Gilles Paire, coach certifié du centre international du coach « il est plus facile de développer ses talents que de corriger ses blessures », et il est donc plus facile de se focaliser sur ce qui marche, ses rêves et ses ambitions. Au fur et à mesure qu’on développe ses talents, l’estime de soi se développe et cela va se dérouler tout seul. Ça paraît simple à dire, mais ce sont des ingrédients qui vont amener la confiance ! Je partage avec vous ici mon mantra, mon petit secret : tu le mérites, tu y as droit, tu es un gagnant, tu peux rester au sommet, tu peux en jouir en toute quiétude. Et la chance, me direz-vous ? Oui, il est tout aussi important de prendre en compte les événements et les facteurs extérieurs qu’on peut aussi qualifier de hasards ou de bonnes rencontres ! Des rencontres qui peuvent nous ouvrir des portes ou nous pousser à aller hors de notre zone de confort, nous poussant à nous dépasser. Ce sont des portes qui facilitent notre réussite, et qui associées à beaucoup de travail facilitent le succès. © Filipp Romanovski Mais une fois le sommet atteint, comment y rester et surtout le souhaite-t-on consciemment ou non ? Qu’est-ce qui peut freiner ou empêcher notre réussite : nos croyances limitantes ! Ce sont ces petites phrases qu’on se répète devant le miroir ou dans notre cœur après un échec, une blessure ou parfois avant de passer à l’action. Ces croyances qui nous limitent dans notre action, notre confiance, se créent parfois depuis le plus jeune âge dans notre environnement familial ou scolaire : « tu es un bon à rien, tu ne seras jamais… ». Les plus dévastatrices sont celles qui émanent de notre dialogue interne, des croyances qu’on se donne, c’est une information qu’on voit nous-mêmes et qu’on prend pour vérité, « je suis nulle, je suis incapable », mais ce n’est pas nécessairement vrai. Alors quelle option ? Transformer une croyance limitante en une croyance aidante en changeant la façon de penser et de dialoguer avec nous : oui, j’ai des lacunes, mais je peux y arriver et je peux me battre pour l’être. Je transforme cette vue de l’esprit extérieure en une croyance aidante. Et surtout, une fois l’estime et la confiance rechargées, on sait qu’on y a droit. Une vue de l’esprit qu’il va nous falloir déconstruire, décoloniser, à coup de mots doux, de douceur et de bienveillance d’abord envers soi ! Alors, cette nuit, rêvez, osez, imaginez, vous avez entre vos mains les ingrédients de votre réussite !

COVID-19, la maladie de toutes les divisions

COVID-19, la maladie de toutes les divisions

Par Raphaël Lapin Photo : Nsey Benajah La crise sanitaire dans laquelle la COVID-19 a plongé l’archipel guadeloupéen est le fait générateur d’une autre grande crise : une crise protéiforme et multidimensionnelle cette fois. En effet, les ressorts de cette dernière sont tout à la fois sociologiques, politiques, économiques et sociaux. La première division profonde que doit accuser notre pays à l’issue du drame sanitaire est politique. Nous avons en effet assisté à la consommation du divorce entre les gouvernants et les gouvernés. La crise sanitaire aura ainsi été l’éclatant révélateur de la profonde défiance qui s’est progressivement installée en Guadeloupe entre le peuple et l’autorité publique. Avant elle, les élus étaient déjà au cœur de tous les doutes des Guadeloupéens. Avec pour cause l’échec de la conduite des politiques publiques sur des sujets essentiels tels que l’eau, le chômage, la gestion des déchets, l’efficacité du système de soins, la chlordécone, etc. Déjà en novembre 2020, l’institut de sondage Qualistat relevait que la population dans sa majorité n’avait pas confiance en la classe politique. Cette crise politique est devenue peu à peu sociologique. Elle a attisé toutes les torpeurs du peuple guadeloupéen, réveillé toutes ses inquiétudes et avivé toutes ses meurtrissures. Cette défiance s’est cristallisée durant la crise de la COVID-19 autour de contestations successives de la longue liste des dispositions prises par les autorités déconcentrées de l’État pour faire face à l’épidémie. Tantôt s’agissait-il de dénoncer l’obligation du port du masque, puis il fallait s’opposer au port du masque à l’école. Ensuite est venue la crispation du confinement partiel. Puis la frustration du confinement total a fait son grand retour. Enfin, il y eut le dégoût face à ce funeste arbitrage entre d’un côté ceux dont on considérait qu’ils pouvaient mourir, car trop vieux, trop faibles et pas assez vaccinés et ceux qu’il fallait sauver, car assez jeunes, assez robustes, et suffisamment piqués. Il était alors le temps de manifester contre l’obligation vaccinale pour les soignants et contre le Pass sanitaire pour les civils avant que ne survienne la consternation des premières suspensions de fonctionnaires et certainement les premiers contrôles de lieux publics. © Nsey Benajah Les caractères unilatéraux et aléatoires de ces décisions ont contribué à désorienter les citoyens et ont largement entretenu ce climat de défiance. La communication catastrophique et maladroitement autoritaire de la préfecture et de l’agence régionale de santé n’a pas aidé à ramener de la sérénité dans le débat public. Pendant ce temps, rares sont les élus locaux qui ont fait le choix d’assumer une position spontanée et non dictée par le dictat de l’opinion. De sorte que jamais, au cours des deux années qui viennent de s’écouler, aucune voix forte n’a été en mesure de s’élever pour dire que c’en était assez de tout ce vacarme, pour faire revenir l’ordre et la sérénité dans la société guadeloupéenne. Cette crise politique est devenue peu à peu sociologique. Elle a attisé toutes les torpeurs du peuple guadeloupéen, réveillé toutes ses inquiétudes et avivé toutes ses meurtrissures. Il y a eu des débats sans fins sur la gravité de la maladie, l’ampleur de l’épidémie ou encore la pertinence de tel rimèd razié ou de tel remède pharmaceutique. Ces débats ont progressivement laissé la place à des invectives par réseaux interposés, la diffusion de fausses informations qui a gangrené l’opinion ainsi qu’à des querelles au sein de nos familles, dans nos groupes d’amis. Dans le feu du cancan se jouaient des jeux de faction, s’affermissaient des postures, se raidissaient des opinions. Une véritable bataille de tranchées débutait alors entre les administrations et singulièrement l’administration hospitalière et ses agents. Des menaces de mort ont été adressées. En guise de réponse, elles ont été tournées en dérision et confinées dans ce que d’aucuns auront qualifié maladroitement de « folklore local ». Cette bataille se poursuit aujourd’hui à coup de suspension sans solde et sans perspectives pour des agents récalcitrants à la vaccination. Elle a d’ailleurs été le carburant de vieux préjugés étalés dans les télévisions nationales où des pseudoscientifiques autorisés imputaient les réticences du peuple guadeloupéen face à la vaccination au vaudou ou plus globalement à des pratiques magico-religieuses dont seuls nous aurions eu l’expertise. Au-delà du grotesque de ces préjugés aux relents racistes, c’est surtout l’erreur de constat qui nous a marqués. On imputait à la volonté guadeloupéenne l’échec de la politique vaccinale sans évoquer la réalité de la conduite de cette politique publique dans notre pays. La distance devenait alors une nouvelle source de division sociologique entre le pays et l’Hexagone. Une division bien plus profonde qu’on ne l’imagine. À ce propos, lorsque le Président de la République a fait son discours martial le 12 juillet 2021 pour inciter à la vaccination, le risque était maîtrisé au niveau national où 35 millions de Français avaient déjà reçu la première dose du vaccin. De sorte que la moitié de la population sur le territoire hexagonal était au mieux acquis à la cause vaccinale, au pire, devenue indifférente à l’enjeu. © Christophe Archambault L’histoire des Guadeloupéens est à ce titre différente, voire inverse. À l’époque où les autorités déconcentrées de l’État ont répété les directives de Paris, moins de 30 % des personnes avaient un schéma vaccinal complet. Nous en étions encore à discuter d’une loi sur le fait d’avoir de l’eau dans les robinets pour pouvoir observer les gestes barrières. D’ailleurs, l’essentiel de la communication de l’ARS et des moyens mis en œuvre à cette époque en Guadeloupe reposait sur le triptyque : « tester, alerter, protéger ». De sorte que le message de la vaccination n’avait pas encore été suffisamment amené auprès de chacune et de chacun. L’effet contre-intuitif de la rationalité observée par les services déconcentrés de l’État aura été de braquer un public déjà défiant par rapport à l’autorité publique. Nous avons ainsi ajouté de la fureur à la douleur. Le troisième drame que traverse la Guadeloupe à l’issue de cette quatrième vague, est celui du nécessaire impact économique provoqué par la résurrection du confinement et plus globalement par la succession des mesures prises par les autorités pour lutter bon gré malgré contre l’épidémie. Certes, celui-ci était encore plus souple que durant la toute première vague, qui fut, paradoxalement, moins meurtrière. Cependant, de nombreux secteurs d’activités ont été impactés de plein fouet par cette crise. Il n’est que d’évoquer les secteurs du tourisme et de la restauration pour s’en convaincre. La presse a longuement évoqué le cas de ce restaurateur connu de la place de Jarry que la quatrième vague a convaincu de liquider sa société. On pourrait également parler de l’évènementiel ou encore de la crise de la culture qui perdure depuis désormais près de deux années. Le sport a été également victime de la crise sanitaire. (...) nul ne saurait nier que la crise sanitaire a constitué un accélérateur inouï des inégalités sociales et économiques. En 2020, l’IEDOM évaluait à 3 points de PIB le recul de l’activité économique lié au premier confinement. Dans le même temps, le climat d’affaires, indicateur synthétique de la confiance des chefs d’entreprises pour investir dans l’économie, reculait de 52 points sur un an. Dans le même temps, l’institut de sondage Qualistat révélait que 74 % des chefs d’entreprise étaient inquiets pour l’économie locale en avril 2021 en plein cœur de la première vague d’épidémie (c’était 20 points de moins qu’en avril 2020) ; pendant que 72 % d’entre eux déclaraient un chiffre d’affaires en repli. Il semble que la crise n’ait pas encore produit l’ensemble de ses impacts négatifs sur l’économie guadeloupéenne dans la mesure où ses effets ont été amortis par les dispositifs mis en place par l’État et les collectivités pour surmonter la crise. L’État affirme ainsi que les entreprises guadeloupéennes ont bénéficié au 29 mai 2021, de 1 342 millions d’euros d’aides économiques, 677 millions d’euros de prêts garantis par l’État (PGE), de 155 millions d’euros d’indemnisation au titre de l’activité partielle ; de 221 millions d’euros d’indemnisation au titre du fonds de solidarité ; et de 289 millions d’euros de report de charges fiscales et sociales. © Nsey Benajah Cependant, nul ne saurait nier que la crise sanitaire a constitué un accélérateur inouï des inégalités sociales et économiques. Cette dernière division peut être éprouvée à l’échelle des nations entre les pays les plus développés et les plus pauvres, mais aussi au sein même des nations les plus riches. Les Nations Unies qui ont fait du bien-être économique et social des populations une valeur cardinale constatent un écart croissant entre pays développés et pays en développement tandis que nous rangeons la Guadeloupe dans cette dernière catégorie. Les pays en développement comme la Guadeloupe ou en crise avant la COVID-19 ont été les plus vulnérables. La baisse de leurs recettes entraîne des difficultés croissantes à subvenir aux besoins fondamentaux de leurs populations, notamment à cause des faiblesses institutionnelles et du manque de moyens. Le centre d’information relève que « dans les pays développés, on compte en moyenne 55 lits d’hôpital, 30 médecins et 81 personnels infirmiers pour 10 000 habitants. Selon des données du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), pour le même nombre d’habitants, les pays en développement ne disposent que de 7 lits, 2,5 médecins et 6 personnels infirmiers et manquent souvent également de produits de base comme le savon, l’eau potable, ou la nourriture », ce qui est précisément le cas en Guadeloupe s’agissant de l’eau potable ou de certaines fournitures essentielles. De même, les pays en développement ont une économie informelle dense. C’est toutefois un secteur qui a été particulièrement affecté par les restrictions de mouvements liées à la pandémie. Il nous faudra renouer le lien social après nous être tenus à bonne distance sanitaire, sur les ponts qu’il conviendra de rétablir dans la résorption des inégalités ; il nous faudra nous retrouver en tant que peuple. Dans le monde, la large majorité des personnes actives (plus de 60 %) sont des travailleurs ou travailleuses informel(le)s. Ce sont donc des personnes éloignées de toutes formes d’assurance maladie ou d’allocation chômage. Elles sont ainsi mécaniquement étrangères aux dispositifs d’aide offerts par l’État. De sorte que les confinements successifs et autres couvre-feux ont affecté de plein fouet leur activité tandis que chaque euro perdu apparaissait comme le terreau fertile d’une nouvelle inégalité. Encore faudrait-il évoquer les inégalités en matière d’enseignement. À une époque où la santé se fait l’ennemie de l’école, ce sont souvent les enfants qui en ont le plus besoin qui se trouvent les plus éloignés des enseignements. Des inégalités qui ont été encore aggravées par la fracture numérique et par l’innumérisme pour les enfants, leurs parents et même les enseignants : « ainsi, dans les pays pauvres, 86 % des enfants ont été privés d’école d’après le PNUD, alors que ce chiffre ne concerne que 20 % des enfants dans les autres pays ». © Mathieu de Martignac En France, les Nations unies évaluent à un million les personnes qui sont tombées dans la pauvreté au cours de l’année 2020. Celles-ci viennent s’ajouter aux 9 millions déjà comptabilisées. Le baromètre Ipsos 2020 pour le Secours populaire révélait d’ailleurs que 45 % des personnes qui ont sollicité l’aide du Secours populaire durant le confinement étaient jusque-là inconnus de l’association. Tandis qu’un Français sur trois a éprouvé une perte de revenus depuis le début de la crise. Le nombre de personnes dépendantes des distributions alimentaires est en nette augmentation, notamment parmi les étudiants, travailleurs précaires ou chômeurs récents. Une étude de l’INSEE a par ailleurs démontré que la mortalité liée à la COVID-19 avait été plus importante dans les régions au niveau de vie plus bas. C’est précisément ce que nous avons vécu d’ailleurs en Guadeloupe. Dans une récente étude, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté, Olivier de Schutter, a mis en avant les échecs de l’Union européenne (UE) dans la lutte contre la pauvreté. En bref, l’ONU nous apprend que du fait de la COVID-19 ceux qui avaient déjà faim ont encore plus faim, ceux qui étaient malades ne le sont pas moins, bien au contraire et ceux qui mouraient dans la pauvreté, sont plus nombreux à mourir dans le dénuement. Ce d’autant que le raccourci entre la vulnérabilité à la maladie et la pauvreté est emprunté assez rapidement. Le coronavirus apparaît ainsi véritablement à l’échelle du monde, comme à l’échelle de nos îles, comme la maladie de toutes les divisions. Au-delà de la lutte contre l’épidémie, d’autres interrogations se posent à nous sur la manière dont il nous faudra construire la sortie de cette crise et surtout sur une réinvention de l’agrégat social. Il nous faudra renouer le lien social après nous être tenus à bonne distance sanitaire, sur les ponts qu’il conviendra de rétablir dans la résorption des inégalités ; il nous faudra nous retrouver en tant que peuple. C’est l’unique moyen de dégager de nouvelles perspectives, de nouvelles ambitions.

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