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Get out ! Un cri primal

Dernière mise à jour : 13 mai 2023

Par Gisèle Wood

Photo : Willy Vanderperre

 




Get out ? Mais pour aller où ? Il n’y a pas de refuge pour les descendants d’esclaves, et il n’y en a jamais eu, pas plus aujourd’hui qu’hier…



À l’heure où les studios hollywoodiens multipliaient les suites et les films de superhéros dans l’espoir de faire de bonnes recettes aux box-offices, un film d’horreur dénonçant le racisme obtient un succès phénoménal et inattendu dès sa sortie, le 24 février 2017 aux États-Unis.


Produit avec un petit budget (4,5 M$), Get Out a rapidement franchi le cap des 150 millions de dollars de recette au box-office américain. Il se situe actuellement au quatrième rang des productions les plus lucratives au box-office américain en 2017. Get Out a aussi permis à son réalisateur, Jordan Peele, de devenir le premier cinéaste et scénariste afro-américain à voir son film dépasser le cap des 100 M$ au box-office. Praticien confirmé de la satire, l’idée de Get Out lui est venue durant les années Obama. Dans un podcast diffusé par Bluzzfeed, il expliquait son idée en ces termes : « Apparemment, nous vivons dans une ère post-raciale. Les gens disaient qu’avec Obama ou pouvoir, le racisme était du passé, que nous n’avions plus besoin d’en parler. Au cas où vous ne le sauriez pas, oui, le racisme existe toujours. C’est ce que j’ai essayé d’évoquer à travers cette histoire ».



Sorti sous Trump, Get Out est beaucoup plus qu’un simple thriller. Le film, qui mélange horreur et comédie acerbe, aborde le problème du racisme à travers les mésaventures d’un couple interracial. On y suit l’histoire de Chris, un jeune homme noir qui accompagne pour la première fois sa petite amie dans sa famille. Il est noir et ils sont blancs. Une visite qui se transformera rapidement en un cauchemar pour Chris, qui se rendra compte qu’il est pris au piège dans une famille raciste. La question du voir – et du bien voir – y est omniprésente : on y perçoit la réalité différemment selon la couleur de peau, on traque avec un appareil photo les faux-semblants. On espionne, on se jauge et se dupe avec les yeux, mais l’on y trouve toujours, en fin de compte, le miroir de l’âme. Tout se noue et se dénoue autour des regards.


Le succès de cette œuvre s’explique par le fait que Jordan Peele aborde de front le problème du racisme sous la forme d’un genre très populaire, le film d’horreur.

« C’est fascinant de constater que pas grand-chose n'a changé. La situation de départ est la même, mon personnage demande à son amie : “Est-ce que tes parents savent que je suis noir ?” Il est dans la même position que Sidney Poitier (NDLR. Acteur et réalisateur américano-bahaméen qui a joué dans “Devine qui vient dîner”)» Mais il reconnaît, lors d’une interview accordée au journal Le Monde, que le film est daté par d'autres aspects : « La manière dont les personnages des parents de “Devine qui vient dîner…” réagissent était un peu transgressive à l'époque. Elle relève aujourd'hui d'un antiracisme superficiel, qui se traduit par une remarque comme : “Si Obama avait pu se représenter, j'aurais voté pour lui.” L'équivalent de cette attitude à Hollywood est d'aborder la question raciale à travers le passé, avec des films sur l'esclavage. »



Le succès de cette œuvre s’explique par le fait que Jordan Peele aborde de front le problème du racisme sous la forme d’un genre très populaire, le film d’horreur. Certaines scènes font directement écho à des événements qui se sont récemment produits aux États-Unis, comme les crimes racistes commis par les policiers. Sortons de là, oui, il est encore temps. À (re)voir.

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